Un Noël pas comme les autres
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C'était une cuisinière à bois et à charbon en fonte émaillée blanche, avec le réservoir d'eau chaude sur le côté droit, les tuyaux de poêle qui s'emboîtaient les uns dans les autres, la clef de tirage sur le tuyau central que l'on actionnait pour augmenter ou diminuer le tirage et sur le dessus, trois cercles en fonte fermés pas un dernier rond en fonte lui aussi; mais plein. Chaque cercle s'enlevait si l'on devait se servir d'un faitout à pot-au-feu et si l'on voulait que le faitout soit plus ou moins en contact avec les flammes, ce qui avait pour effet de faciliter la cuisson des aliments. C'était une vraie cuisinière! Pas une fausse! Non, non, non! C'était la même que maman! Je sautait au cou de papa et je l'embrassais de toutes mes forces d'enfant. Il me tendit un autre paquet que je n'avais pas remarqué.
- Et ce cadeau? Tu n'en veux pas? Comment comptes-tu cuire ta soupe si tu n'a pas ce qu'il faut?- Mais papa! je sais comment on s'en sert! J'ai déjà vu faire maman de centaines de fois! Je sais m'en servir! fîs-je excitée comme une puce.
- Il me manque les casseroles papa! Oui! C'est ça! Il me manque le faitout pour faire la soupe et les casseroles! Je déchirais le papier qui enveloppait de superbes casseroles en cuivre rouge et toute la batterie de cuisine qui allait avec. J'avais même le seau à charbon qui était à la mesure de toute ma cuisinière et aussi le tisonnier pour tisonner dans le feu lorsque celui-ci ralentissait la cuisson de ma soupe. Il y avait, il ne faut pas que j'oublie, le tiroir à cendre pour que je puisse vider les cendres dans le jardin, derrière la maison qui comprenait une petite cour intérieur dans laquelle s'épanouissait un gros figuier dont les fruits restaient toujours verts en pleine saison de cueillette: Il ne faisait pas assez chaud pour que les fruits mûrissent.
Je n'en revenais toujours pas d'avoir été aussi gâtée? Ma joie se reflétait dans mes yeux et sur tout mon visage d'enfant. Je ne me voyais pas; mais je ressentait l'excitation et mes joues toutes rouges de plaisir! Je voulais m'en servir tout de suite, mes papa et maman me firent comprendre qu'il était tard et que je ne pourrais m'en servir que demain avec l'aide de papa qui m'en montrerait l'usage.
- Ce que tu ne sais pas ma petite chérie, c'est que c'est dangereux! Tu peux te brûler si je ne te montre pas bien l'usage de cette petite cuisinière comme il se doit! Et oui, tu ne pourras t'en servir que dans la cours! Et encore! A condition que maman ou moi soyons à côté de toi pour surveiller si tu as bien retenu la leçon de façon que tu ne te fasses pas mal et que tu ne mettes pas le feu à la maison! Dit-il en riant de bon coeur. Je n'avais jamais vu mon père comme ça? Et maman qui, elle aussi, riait de me voir radieuse.
Je me souviens que mon visage s'assombrit tout à coup:
- Qu'est-ce que tu as me demandèrent-il ensembles?
- Il faut que je dise merci au Père Noël! Mais il est déjà parti...
- Ne t'inquiètes pas: nous lui avons laissé la fenêtre de la chambre entrouverte pour qu'il puisse entrer et ressortir. tu sais bien que la cheminée est bouchée et que l'on a pas le droit de s'en servir?
- Je n'ai pas eu le temps de le voir pour l'embrasser?...
- Mais c'est ça la surprise ma chérie! Le père Noël ne veut pas qu'on le voit sinon, il n'en finirait plus s'il devait s'arrêter dans tous les foyers pour embrasser les petits enfants du monde entier!
- C'est vrai maman. Tu as raison. Je n'y avais pas pensé à cela. Répondis-je, déçue. Je peux faire quand même un gros bisous à toi et à papa? Quand même? C'est pour avoir dit au père Noël de ne pas m'oublier cette année!
J'ai vu mon père les larmes aux yeux quand il me prit dans ses bras: Cela ne lui arrivait pas souvent! Plus tard, lorsque je fût bien plus grande, je su que c'était papa qui avait fabriqué la cuisinière et tout ce qui allait avec, au heures de pause à l'usine ou il travaillait, et surtout, en cachette du contremaître qui surveillait les ouvriers.
Papa était quand même mécanicien spécialisé P3 chez Panhard, si je me souviens bien! Mais je ne sais toujours pas ce que veux dire (P3.) Je pense que c'était quand même une spécialisation un peu plus importante que les autres pour qu'il est pu travailler sur ma petite cuisinière sans risquer de se faire prendre et renvoyer?...
Qu'est-ce que j'ai pu m'amuser avec ma cuisinière! Je faisais la soupe. Maman me donnait une petite carotte, un bout de poireaux, un petite pomme de terre un petit bout de navet qu'elle avait coupé en touts petits morceaux pour m'éviter de me couper et je me régalait à faire cuire, sur ma cuisinière, mon potage. C'est moi qui allumais ma cuisinière avec un peu de papier sous la surveillance de maman, je mettais ensuite, sur le papier, des petites bûchettes. Lorsque le papier et les bûchettes avaient pris, j'ouvrais avec le tisonnier le foyer et j'y laissais tomber le boulet de charbon, car ma cuisinière marchait en vrai et elle ne pouvait contenir qu'un seul boulet à la fois que je remplaçais lorsqu'il était presque complètement consumé.
Je ne saurais pas vous dire combien de temps j'ai vécu avec mes deux parents? Mais le temps que j'ai passé avec eux, après ce mémorable Noël, fut très dur à vivre pour mon coeur de petite fille partagé entre l'amour de mon père et celui de ma père! Je l'es aimais touts les deux autant! Leur déchirements perpétuels me fendait le coeur et j'avais peur de papa lorsqu'il rentrait saoul à la maison, que mes parents se battaient parce que maman ne se laissait pas faire. Lorsque mon père était en crise, c'était dans ces moments-là que je me cachais, au plus fort de la tempête, sous la table de la cuisine...
Pourtant, un Noël pas comme les autres, mes deux parents ont su faire une trêve pour que fût réussi mon plus beau et seul Noël d'enfant entourée de mes deux parents. En plus des cadeaux (la plus part fabriqués à l'usine Panhard par papa), ils m'ont fait le cadeaux encore plus cher à mon coeur de petite fille: l'illusion d'une vie normale.
Le temps à passé... Après ce Noël qui est resté gravé dans ma mémoire au fer rouge comme l'ultime preuve d'amour que m'avait faite mon père avant de disparaître de ma vie d'enfant pour toujours. Je connu alors l'enfer des nounous, des familles d'accueil, des pensions religieuses dont la pension des soeurs Saint Vincent de Paul. J'avais entre 7 et 8 ans. Elles étaient méchantes et cruelles... Je n'ai plus jamais revu mon père. Mes parents se sont séparés; mais jamais ma mère n'a pu divorcer de mon père, l'ayant fait interner dans la maison psychiatrique de Charenton pour violence conjugales, dangereux pour sa famille, pour les autres et pour lui-même.
Aujourd'hui, j'ai le courage de me replonger dans ce souvenir lointain, très douloureux et très cher à mon coeur, pour vous raconter mon Noël à moi, le seul de ma vie de petite fille, et montrer aux grands comme aux petits que les Noëls sont importants dans une vie d'enfant! Pas seulement pour les cadeaux; mais pour l'amour que leurs portent leurs parents même si le jouet n'est pas très grand. Il faut savoir accepter ce que l'on nous offre avec le coeur, du moment que c'est offert avec amour. ce sera peut-être le seul Noël dont vous vous souviendrez lorsque vous serez vous même parents... Dans l'existence perturbée d'un enfant, Il arrive qu'il y est des surprises qui marquent pour une vie entière, comme pour moi, ce Noël perdu dans les années 50. (Je vais avoir 63 ans le 31 Janvier de cette année).
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Fin
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