Un Noël pas comme les autres

 

                                        Le  seul et le plus beau Noël de mon enfance

*

Est-ce  que papa était d'accord? Est-ce qu'il était "normal" par rapport aux autres jours? Pourvu qu'ils ne se disputent pas tous les deux? Je tremblais de tous mes membres, à tel point que je claquais des dents et que tout mon petit corps avait froids! La peur me tenaillait le ventre.  Un bruit dans la serrure de la porte d'entrée se fît distinctement entendre. Papa apparu sur le pas de la porte sans dire un mot. Il accrocha son blouson d'aviateur marron, fourré de laine de mouton au porte manteau du vestibule en n'oubliant pas de glisser ses clefs dans une de ses poches ainsi que ses lunettes de motard. Il posa son casque sur la  vieille console en marbre fendu du couloir, au dessus du grand miroir très vieux et piqué, puis  il fila, sans  même dire bonsoir à maman, dans la chambre à coucher pour faire sa toilette et mettre un pyjama. Il ne s'était  même pas rendu compte de ma cachette; mais moi, j'observais tous ses faits et gestes lorsqu'il étaient à la porté de mon regard, pourtant  mon intérêt était tout spécialement fixé sur les préparatifs du dîner. J'avais une vague idée de ce  à quoi j'allais être le témoins...

Étourdie par les vas et viens de maman,  je commençais à me lasser et j'avais mal à mon derrière. Au bout d'un temps qui me parut assez long, mon père revînt de la chambre, jeta un oeil furtif au sapin et s'affala sur son vieux fauteuil de cuir. Maman finissait de s' affairer (ce qui ne lui ressemblait guère) à la cuisine, pour les derniers préparatifs du repas. Ca sentait bon la dinde et aussi le gâteau à la crème: ce qu'on appelait le moka, mélange de chocolat et de café: toutes les odeurs avaient finit par se mélanger!

Pour la première fois, papa semblait  décontracté et serein. Apparemment, il n'avait pas bu. Il entreprit de feuilleter son journal et maman mit la radio en sourdine pour ne pas le déranger, puis elle entreprit de mettre une belle nappe damassée et sortit la belle vaisselle avec les couverts en argent qu'ils avaient eu en cadeau pour leur noces. J'étais de plus en plus intriguée. Jamais, au grand jamais, je n'avais vu mes parents comme ça? Pour une fois,  ils était tous deux silencieux.  Ca changeait! Pour la première fois de ma jeune vie, je me sentais en sécurité et presque heureuse de voir mes parents si calmes.  Je n'en revenais pas? Avaient-ils décidé de faire la paix pour cette nuit de Noël qu'ils n'avaient jamais fêté auparavant? Je ne savais que penser?...

A force de fixer mon père et les allées et venues de ma mère, sans compter le temps passé sous cette table à me trémousser de fatigue, mes yeux commencèrent à me piquer.. Je les frottais vigoureusement:  le sommeil n'était pas loin  et sans bien m'en rendre compte, engourdie par la musique douce des chants de Noël et l'odeur du gâteau qui se dégageait du four, je plongeais dans un profond sommeil.

Il dû se passer une bonne heure avant que  maman  ne vienne me tirer de dessous la table de la cuisine pour me réveiller et me préparer afin d'aller à table. Ce soir-là, maman me fît ma toilette pour aller plus vite et me revêtit d'une belle robe blanche en organdi, agrémentée d'un petit col Claudine et d'une ceinture en satin rouge, terminée par un gros noeud dans le dos. L'ensemble de ma tenue se terminait par de jolies ballerines de la même couleur que la ceinture de satin. J'étais une petite fille à la chevelure blonde et bouclée. Maman  entreprit de me passer la brosse dans mes cheveux, me  les sépara par une raie au milieu et me mît des barrettes, ornées, elles aussi,  d'un ruban rouge, de chaque côté de ma tête. Habituée aux colères de mon père et aux ripostes de ma mère, je n'avais pipé mot. Tout s'était passé en silence de peur de réveiller sa mauvaise humeur. J'avais très peur de mon père et pourtant, je l'aimais...

Il devait être pas loin des deux aiguilles sur le chiffre du haut de l'horloge, lorsque nous nous mîmes à table. Je ne me souviens pas, bien que mes parents soient de confession catholiques, avoir assisté à la messe de minuit, ni admiré la crèche vivante de l'église de mon quartier avant les festivités?...  Papa se mît à sa place habituelle, maman choisit la place en bout de table pour être plus prés de la cuisine et je me retrouvais assise en face de mon père. Je le regardais timidement. Je lui fît un grand sourire et tout ça, sans un mot. Les deux points sur la table, je me tenais bien droite comme j'avais été apprise et j'attendis  que maman vienne me servir. Le dîner se passa parfaitement bien. Papa donna le départ des conversations en s'adressant à sa petite fille. Je n'en revenais pas? Arriva le gâteau: plutôt la bûche de Noël avec plein de petites choses dessus. J'écarquillais les yeux pour mieux m'imprégner de cette vision. Maman avait vraiment bien réussi sa bûche! Elle était moitié chocolat, moitié café. Papa s'empara de la bûche tout en complimentant maman pour ce bon repas: ce qui n'était pas coutumier. Elle ne répondit pas à son compliment; mais elle eut un petit sourire qui en disait long... J'avais compris ce que ce sourire voulais dire pour connaître maman par coeur.

Papa me servit un énorme morceau de gâteau au chocolat, servit maman qui préférait le café et se servit en dernier le même morceau que moi. J'étais loin de me douter de ce qui m'attendait encore! Soudainement, papa se leva de table prétextant l'oubli, dans leur chambre, de son briquet  tempête, de sa pipe et son tabac. Maman alla chercher la bouteille de mousseux qui était bien au frais dans la glacière: il faut que je vous explique que ce n'était pas les glacières de maintenant! Non! La notre était tout en bois, sur pieds, comme un meuble, et l'intérieur était tout en zing avec un compartiment pour garder le gros pain de glace livré le matin  même par,  le marchand de glace, et en bas se trouvait le compartiment qui récupérait l'eau  de la fonte  de ce même pain de glace qui s'en écoulait lentement. Il ne fallait pas oublier de le vider régulièrement, sans quoi, la cuisine était inondée.

Ce jour du 24 décembre n'en finissait pas. Il avait été bien long pour une petite fille de mon âge et je tombais littéralement de sommeil, le nez dans mon assiette vide. Tout à coup, un grand bruit  se fît entendre qui me réveilla tout net. Je n'eus que le temps de d'apercevoir le père Noël qui s'enfuyait à toute jambes dans la chambre à coucher de papa et maman. Je me souviens de cette peur qui m'avait fait sursauter et du costume rouge et blanc qui avait disparu en laissant un énorme paquet au pied du sapin à côté d'un plus petit. Maman me dit:

- Réveille-toi ma puce! Le papa Noël vient de passer.
- Mais, maman, quel papa Noël?  Je n'ai pas eu le temps de le voir et... et... Il doit être encore dans la chambre?! Nous n'avons pas de cheminée: elle ne marche pas! Je me mise à pleurer à chaudes larmes. Maman me dit pour me calmer que la fenêtre était restée entrebâillée pour qu'il puisse entrer et sortir. Ce fût ce moment que choisit mon père pour reparaître avec son briquet tempête, sa pipe et son tabac.
Il vînt vers moi et me prit dans ses bras pour me calmer. Il ne m'avait jamais pris dans ses bras? Il arrêta mes larmes en m'invitant à déchirer les papiers qui masquaient les jouets que je n'avais jamais eu l'habitude de recevoir. Maman vînt se joindre à nous et mes larmes se changèrent en éclats de rire lorsque j'aperçus le piano d'enfant que le père Noël m'avait apporté. Papa me fît remarqué qu'il y avait un cadeau encore plus gros que je n'avais pas regardé. Il le soupesa et me fît la réflexion:
- Oh! Qu'est-ce qu'il est lourd!!! Tu ne veux pas voir ce que c'est?
Je lâchait quelques instants le petit piano d'enfant pour déchirer le papier du second cadeau. Papa et maman m'aidaient:Le cadeau était vraiment énorme et très lourd! Qu'est-ce que celà pouvait être?...

*

*

A suivre...


compteur visites

 

Un Noël pas comme les autres

Noter cette page

10/10 sur 4 votes

Sélectionnez une note dans le menu déroulant.
Commentaire (1)

1. La main et la plume Le 21/11/2009 à 19:20

Lien vers le site web de La main et la plume Envoyer un e-mail à La main et la plume
[b][/b]

Bonsoir mes amis(es) et merci à tous ceux qui viennent me visiter et qui me laissent un gentil message, témoin de leur passage sur mon site, ce qui me fait immense plaisir! J'espère que cette histoire véridique, pour ceux qui ont mon âge puisque je suis née en 1947, vous rappellera des souvenirs tels que la cuisinière à bois et à Charbon de marque Gaudin, telle que je la décris. Cordialement votre. La main et la plumeSmiley
Ajouter un commentaire

Vous devez être connecté pour poster un message.

Dernière mise à jour de cette page le 25/04/2010