Un Noël pas comme les autres
Je ne veux me souvenir que des meilleurs moment de tendresse et de complicité qui n'étaient pas si nombreux; mais que, pourtant, j'ai connu avec mon père! Ces moments si précieux à mon coeur, n'étaient pas nombreux car papa n'était pas démonstratif. A présent, je sais que mon père m'aimait; mais à l'époque, il me faisait peur avec ses crises de démence et cela arrivait très souvent. Mon père rentrait ivre mort à la maison pratiquement chaque soir. Il ne m'a jamais battu et ne s'en prenait qu'à ma mère qui ne l'aimait pas et qui ne voulait pas, comme ça se faisait à l'époque, être soumise à son mari: d'où les prises de becs entre mon père et elle concernant l'insoumission flagrante de ma mère réfractaire à tout ce qui touchait à sa liberté de femme qu'elle jugeait être un droit (et elle n'avait pas tord! Les femmes se rebelleront contre la supériorité des hommes qu'ils croyaient acquise à jamais, se révellera, par la suite, dans les conflits internes de la France).
Elle était en avance sur son époque ma mère et ne supportait pas le joug masculin! D'ailleurs, elle ne supportait pas, non plus, son beau-père, pas plus que sa mère qui faisait des différences entre ses enfants: Elle était, je crois, la troisième de six filles et un garçon. Je su, par la suite, en étant plus grande, pourquoi ma mère était le vilain petit canard de la famille...
Conforme aux idées de maman, je n'aimais pas ma grand-mère que je trouvais méchante. Mon grand-père paternel qui était un homme rustre et très autoritaire qui aimait tout gérer. En ces années d'après guerre, bien que trop jeune pour tout comprendre, je savais que mon grand-père paternel avait construit sa fortune grâce à ce marché juteux qu'étaient les premières automobiles de l'époque. Tout le monde voulait son automobile! La fabrication étant en pleine essor, ça devenait un signe extérieur de richesse pour les uns, alors que pour les autres, le manque de moyens devenait source de jalousie. Il ne faut pas oublier que nous étions en 1953. J'avais six ans et si pour les uns la vie était belle, pour les autres c'était la misère!... Nous, nous étions entre ces deux mondes. Nous n'étions ni pauvres, ni riches. Il n'y avait jamais eu de beau noël chez nous. Pas parce que mes parents ne pouvaient pas le fêter! Non! La faute en incombait à leurs continuelles disputes: en train de se déchirer sans se soucier de l'image qu'ils imprimaient dans la mémoire et le coeur de leur petite fille, ils se souciaient peu de respecter la tradition de Noël et se soucier de moi toujours réfugiée sous la table de la cuisine, là ou je me sentait le plus en sécurité. Pourquoi la table de la cuisine? Parce que dans la cuisine, il y faisait chaud et que de là où je me trouvais, je voyais tout ce qui se passait dans la maison entre mon père et ma mère et lorsque mon père était hors de lui consécutivement à l'alcool qui avait ingurgité, quand elle le pouvait, maman m'attrapait par la main et nous allions finir la nuit dans la cave de l'immeuble qu'elle avait aménagée d'une malle en osier, agrémentée d'une petite paillasse et d'une couverture qui devenait mon lit pour la circonstance. Pour contenir ma peur qui était aussi forte que la sienne, maman dormait prés de moi sur un matelas, à même la terre battu. Nous ne pouvions pas toujours appeler Police secours! Il fallait se débrouiller comme l'on pouvait pour échapper à la fureur destructrice de mon père. Maman avait donc trouvé ce moyen pour lui échapper. Nous guettions tous les bruits venant de l'immeuble! Nous avions peur que mon père vienne à découvrir où nous nous cachions. Maman dormait d'un oeil, la peur au ventre, tandis que je finissais par sombrer de fatigue dans un sommeil agité. Les nuits étaient très longues jusqu'au petit matin. Je sais qu'elle écoutait tous les tours de clefs de locataires partant à leur travail et comme du rez-de-chaussée à notre cave, on entendait tout, maman savait quand papa s'en allait pour la journée...
J'avais pris l'habitude, tous les jours, à partir de dix huit heure, heure à laquelle mon père rentrait de l'usine de me cacher sous cette table de cuisine parce qu'elle se trouvait juste en face du vestibule et donc, de la porte d'entrée ou je voyais arriver mon père. Tout en ne sachant pas l'heure, je connaissais la position des aiguilles et lorsque la petite aiguille se trouvait être placée droite sur le chiffre du bas de l'horloge et la grande aiguille positionnée tout en haut, formant ainsi un trait bien droit, ma mère ne m'avais plus entre les jambes: j'étais bien à l'abri, du moins, le croyais-je, sous la table de la cuisine et tant que le temps était à l'orage entre mes parents, je ne sortait pas de ma cachette. Je connaissais que trop bien la physionomie changeante de mon père lorsqu'il n'était pas à jeun. Maman faisait semblant de ne par remarquer ce qui la préoccupait et qui lui faisait aussi peur qu'à moi. Elle ne voulait plus de cette vie angoissante et je le savais! pas besoin de me l'expliquer car même si j'aimais mon père, j'aurais voulu être bien loin de lui lorsqu'il piquait ses crises de delirium tremens! Cela finissait par l'arrivée du panier à salade (police secours). Là les policiers embarquaient mon père et il faisait des séjours à l'hôpital de Charenton: un hôpital psychiatrique ou l'on essayait de le désintoxiquer afin qu'il reprenne une vie normale; mais chaque fois, c'était la même chose. Il recommençait à boire et à être violent. Pour notre sécurité, il fallait qu'il s'en aille et maman m'avait fait comprendre ce que j'étais en âge d'assimiler correctement et pourquoi papa, bien souvent, s'en allait avec les policiers...
Noël approchait. C'était un jour pas comme les autres pour tous les enfants, sauf pour moi. A la maison, il n'y avait pas de fête et je n'attendais rien du père Noël! Je ne pensais surtout pas à ce qui allait m'arriver dans ma propre maison. Lorsque maman vînt me chercher, je fus surprise de découvrir un très grand arbre qui trônait là, dans le coin de la salle à manger, tout prés de la fenêtre donnant sur la rue. Que faisait cet arbre chez nous? Et à quoi pouvait-il bien servir? Perplexe, je regardais, pour la première fois de ma jeune vie, maman décorer cet arbre. Pour la circonstance, j'avais changé d'abri: je m'étais, cette fois, cachée sous la table de la salle à manger et tout en mangeant ma tartine de beurre et mon chocolat, j' observais les moindres gestes de maman. Cet arbre, d'abord tout nu, paré seulement de ses feuilles vertes qui ressemblaient à des épines, m'intriguait fortement, à un point tel que je refusait, tout l'après midi de sortir de dessous ma table. Je n'assistais jamais aux fêtes de noël de l'école. Tous les enfants étaient joyeux; mais pas moi. Je ne voulais pas regarder la joie des autres: ça me faisait trop mal puisque chez moi, il ne se passait jamais rien: le Père noël ne connaissait pas le chemin de notre maison qui ne dégageait que tristesse et morosité. Je ne recevais pas de cadeau. Noël, chez nous, était un jour ordinaire sans aucune festivité... Pourquoi, justement, ce jour que tout le monde attendait pour fêter, en se réunissant en famille, et gâter les enfants, pourquoi ce jour se trouvait être le jour où mes parents avaient, eux aussi, décidé de faire un arbre comme à la salle des fête de l'école? Qu'est-ce qu'il y avait dans l'air de pas normal?...
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A suivre...
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