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Autant en emporte la vie Mon premier amour *
Chapitre 1er * Page -14-
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L’Angleterre, toujours selon le jugement de ma mère, était l’endroit tout à fait indiquer pour mener une grossesse à terme dans l'anonymat. Ma tante m’accueillit avec une gentillesse délicieuse, heureuse d’avoir à nouveau prés d’elle quelqu’un avec qui converser. Elle s’occupa fort bien de moi pendant les quatre mois et demi qui me séparaient de l’accouchement. C’était une femme généreuse et très chaleureuse, ce qui me changeait beaucoup de ma mère. Lorsque mon bébé vînt au monde, le même scénario se reproduisit. On m’enleva ma petite fille sans que je puisse avoir droit au chapitre. Je ne pus, ni la tenir dans mes bras, ni voir si elle avait les traits de son père et encore moins l’embrasser. J’étais une bête qui avait mise bas… Je su, par la suite, que ma tante avait fait tout ce qui était en son pouvoir pour fléchir ma mère en se proposant de me garder à demeure avec mon enfant; mais c’était sans compter sa farouche détermination à me faire du mal! Son intransigeance n’eut d’égal que sa méchanceté. Son acharnement dépassait de bien loin l’autorité d’une mère vis à vis de son enfant! Je fût au courant bien plus tard, par tante Odile, du sort qui avait été réservé à ma petite fille née, soit disant, de père et de mère inconnu. Ma chère mère devenait coutumière de ce fait et ne semblait pas en ressentir le moindre remords! Pour la seconde fois, elle avait déposé, le bébé dans un autre orphelinat d'une région bien connût, assez éloigné du lieu où nous habitions, de façon à ce que je ne retrouve pas sa trace s’il me prenait l’envie de le rechercher: «les bâtards» sont toujours élevés loin des regards trop curieux! Dit Geneviève dans un petit rire narquois… J’ai cru mourir de chagrin quand William fût tué, mais lorsque ma mère m’enleva ma petite fille, je crus devenir folle de chagrin. Je frisais la folie. J’entendais mon bébé pleurer à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, surtout au moment des tétées. Il me réclamait! Ma petite fille réclamait sa maman! Mes seins gonflés comme les mamelles d’une vache qui n’est pas traie depuis des jours, me faisaient horriblement mal! Ils étaient gorgés de lait. Le liquide crémeux coulait sans interruption de mes mamelons enflammés. J’avais tellement besoin de sentir sa petite bouche avide me vider de mon essence de vie, et de humer son petit corps fragile alangui contre ma poitrine. Ce désir que j’avais de la nourrir envahissait mon esprit au point que je ne pensais plus qu’à ça! Il fallait que je mélange son odeur à la mienne pour que la fusion entre elle et son papa, dans mon cœur soit parfaite et totale. Pendant des mois et des mois, la nuit m’apportait mon lot de cauchemars. La journée, je restais là, passive, lascive, indifférente à tout, me laissant ronger par la douleur de ce double arrachement. Des abcès vinrent compliquer les choses en faisant de ma poitrine un foyer à microbes qui empoisonnaient l’élixir de vie qui aurait pu nourrir d’autres nourrissons en mal de mère nourricière. Ma propre vie n’avait plus aucun sens sans ma petite fille qui était tout ce qui me restait de mon Williams... En avril 1942, j'accouchais d'un garçon issu d'un des nombreux viol que pratiquait régulièrement sur moi mon mari devant dieu et la loi des hommes... Je ne voulus pas m'en occuper. en me privant du seul enfant qui aurait pu me donner le courage de devenir mère, la mienne de mère, avait définitivement tué l'instinct maternel qui était enfoui au plus profond de mon être depuis le viol de mon frère et qui aurait pu renaître grâce au petit être, fruit de l'amour que William et moi nous nous portions. Il était parti si vite comme le héros qu'il était, et comme nombre d'autres soldats alliés, il avait offert sa vie pour nous libérer de l'oppression allemande
J’en veux à ma mère à un point que je ne peux vous décrire. La haine que je ressens pour cette femme sans cœur est irréversible. Elle m’a fait trop de mal. Le garçon qui est le seul enfant mâle que j’ai mis au monde et qui est de mon mari, est élevé par mes beaux-parents. Pour moi, il est aussi bâtard que l’enfant que mon frère m’a fait! Mon mari ne connaît pas le secret que m’a famille dissimule avec tant d’acharnement. Imaginez un seul instant qu’il ait été mis au courant par des personnes bien intentionnées qui sauraient?... Vous voyez ce que je veux dire? Croyez moi! Ma mère est assise sur sa propre poudrière! Et je viens tout juste de me rendre compte que c’est moi qui tiens le détonateur entre mes mains! J’ai enfin une arme redoutable pour qu’elle cesse ses manigances envers moi! Je ne suis plus sa chose et elle ne s’en doute même pas! Je vais leur faire payer à tous le centuple de ce qu’ils m’ont fait subir! Cette fois, c’est moi qui vais mener le jeu, a commencer par ce bébé dont je ne veux pas! Oh! N'ayez pas peur! je n'abandonnerai pas l'enfant. Vous venez de me donner une idée. Non je n'abandonnerai pas ce bébé; mais il sera élevé par une nourrice qui voudra bien s'en charger. Vous êtes satisfaite? Peut importe pour moi son devenir et qui l'élèvera!... Oui, grâce à ce bébé, je vais les faire danser sur ma musique et leurs rendre au centuple ce qu'ils m'ont fait endurer. Cette petite est de leur sang! Pas question cette fois de consanguinité ou de bâtardise! Je tiens là, ma revanche! Gardez le bébé à la pouponnière et faites part à mon... "époux" de ma décision. Je reconnais le bébé comme étant ma fille; mais c'est tout! Vous lui ferez part également du prénom que j’ai choisi pour elle! Peut-être qu’un jour, je me déciderai à m’en occuper... Un jour... Peut-être...
A suivre...
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