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Autant en emporte la vie Chapitre 1er Mon premier amour -12- Sans se soucier plus avant de notre réaction de surprise devant cette hargne exprimée sans retenue dans le fait de vouloir être la première en tout au point d’humilier ceux qui se trouvaient sur son chemin au moment où elle décidait qu’il ne devait y avoir personne, ma mère se délecta du contenu du message de tante Odile avant de se décider de nous la lire à haute voix, toute satisfaite qu’elle était de l’idée qui venait de germer dans son esprit à la lecture des quelques mots qui lui offraient l’embellie de, enfin, m’éloigner de la maison familiale pour finir ma grossesse ailleurs pourvu que ce soit loin des regards indiscrets. Elle faisait ainsi d’une pierre deux coups et le risque du moindre soupçon, de la part d’amis trop curieux, de relations ou de villageois désobligeants et mal attentionnés, pour mes parents, était ainsi écarté. Dans son courrier, tante Odile faisait part à mon père du décès de son lord de mari qui était enterré dans le caveau du cimetière familial depuis plus d’un mois. Elle décrivait ses longues journées tristes et moroses dans ce vieux manoir devenu si grand, si morne depuis que son cher époux l’avait quitté. Elle le pleurait jours et nuits. Son chagrin ne semblait pas vouloir prendre fin. Elle se sentait seule dans cette trop grande maison ou des bruits insolites qu'elle ne percevait pas avant, la faisaient chaque fois tressaillir de peur. Il lui semblait qu'elle n'était pas seule. Sa fortune conséquente la mettait à l'abri du besoin et les domestiques n'avaient pas quitté leur emploi. Heureusement, car il lui semblait devenir folle. Elle avait bien passé une annonce pour obtenir les bonnes grâces d'une dame de compagnie; mais elle n'en avait point trouvé. les domestiques étaient là dans la journée et jusque 20 heure; mais après, le manoir étant tellement imposant, tellement inquiétant, qu'ils préféraient partir jusqu'au lendemain matin huit heure. La tante odile leurs avait fichu une frousse bleue à tel point qu'ils entendaient eux-mêmes des bruits. Elle aurait mieux fait de se taire au lieu d'ameuter tout le village. La nouvelle s'était vite répandue que le manoir était peut-être hanté par Lord Byron. Il n'en fallait pas plus au gens pour les faire déguerpir à la nuit tombante... - Que la vie est injuste! Se plaignait encore ma tante dans sa lettre. Je l’imaginais laissant rouler quelques larmes qui avaient dû, d’ailleurs, tacher le papier. Elle nous écrivait avec force détails qu'elle ressentait sa présence. Parfois, il lui semblait même l’apercevoir le long des grands et larges corridors sombres et froids qui desservaient les quarante cinq pièces de la propriété qui s’enfilaient à perte de vue comme les perles d’un vieux collier dont on ne saurait plus que faire. La tante Odile expliquait son errance d'une pièce à l'autre comme une âme en peine, se remémorant ses souvenirs lorsque son cher Lord qui ne la quittait jamais, et elle donnaient des fêtes somptueuses. Ils s'aimaient et ils étaient heureux, loin de penser qu’ils se sépareraient si vite. Bien trop souvent, il lui semblait percevoir sa chère voix qui l’appelait. Dans ces moments là, tante Odile sentait la folie la guetter. Elle ressentait vraiment une solitude pesante et se renfermait dans sa douleur! Elle suppliait son frère de l’aider à surmonter cette dure épreuve en consentant à lui envoyer la plus grande de ses filles pour lui tenir compagnie. Trop heureuse de ne plus m’avoir sous ses yeux, ma mère, ses plans en tête décréta de m’envoyer chez la tante Odile à la place de ma sœur Christiane, mon aînée qui piaffait de colère, mais qui n'avait rien à cacher... elle! Quant à la tante Odile, dans sa jeunesse elle avait eu une réputation qui, d’après ma mère, n'était pas digne de la famille De Laplace pour avoir eu une vie assez dissolue. Sur le tard, elle avait épousé un aristocrate anglais: "La bonne aubaine!" Commentait ma mère. La tante Odile était la personne idéale pour me cacher dans son immense demeure aux yeux de tous les curieux, et au besoin me faire rentrer dans un trou de souris si cela s’était avéré possible! Ça arrangeait bien ses affaires! Pensez donc! La tante Odile était devenue une lady et s’appelait à présent: Lady Byron et elle voulait une dame de compagnie? Elle allait en avoir une et de plus, je serais payée, ce qui n'était pas pour déplaire à ma mère qui aimais l'argent: - Tu tacheras de ne pas dépenser ce qu'elle te donnera! Quand tu reviendras, tu auras des comptes à me rendre! Ne l'oublie pas! Je haussais les épaules, ce qui avait le don de mettre ma mère dans une rage folle puis, je tournais les talons, me fichant pas mal de ce qu'elle pouvait avoir encore à me dire, la laissant vociférer dans le vide... A suivre...
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