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Autant en emporte la vie
* Chapitre -1- Page -3- Les naissances, en ce mois de janvier mille neuf cent quarante sept, étaient nombreuses. Il ne fallait pas ralentir la cadence. «Mme grognon» dû, jusque en fin d'après-midi, attendre et maîtriser son envie de revoir la jeune femme qui l’avait si fortement intriguée en fin de matinée. La salle des accouchées additionnait de chaque côté de la salle des accouchées, une succession de lits et de berceaux, dans un rectangle d’une longueur impressionnante. Son lit, à elle, était situé face à une haute fenêtre, ne lui permettant d'apercevoir que le plafond bas du ciel. Le jour se fondait lentement dans la nuit hivernale. «Il doit faire très froid dehors?» pensa Geneviève. La pluie, peu à peu, avait laissé place à la neige. Geneviève la regardait tomber, perdue dans ses pensées, ailleurs. Son esprit avait fait abstraction de tout ce qui l’environnait. Seuls les flocons qui tourbillonnaient en tous sens accaparaient son attention. Elle sentait son âme en symbiose avec le temps. Son attitude détonnait auprès des autres mères toutes à leur nouveau bonheur. A force de fixer la fenêtre et la valse des flocons, Geneviève, comme hypnotisée, finit par s’endormir... Ce n’est qu’une heure plus tard, alors que les visites du soir commençaient, qu’elle émergea de sa léthargie, reprenant contact avec la réalité, sa réalité qui n’avait rien de commun avec les autres femmes de la maternité. Geneviève observait les visiteurs qui s’extasiaient devant les berceaux pleins de vie. Elle épiait l’expression des nouveaux pères qui, le visage reflétant une fierté toute intérieure, regardaient et souriaient à leur progéniture. A ses yeux, ils étaient tout à fait ridicules. Dans sa tête revenaient sans cesse les mêmes questions : pourquoi? Pourquoi en était-elle arrivée là? Que faisait-elle dans cet endroit réservé à la seule joie d’être parent? Geneviève se sentait vide de toute émotion. Elle repensait aux atrocités qu’elle avait subies depuis son mariage et durant ces cinq dernières longues, longues années. La fatigue physique et morale avait eu raison de sa ténacité. Trop de haine emplissait son cœur meurtri. Elle ne ressentait rien de ce sentiment que l’on dit maternel. Son âme ressemblait à un désert aride où rien, pas même une mauvaise herbe, ne pouvait pousser et croître. Les autres femmes, tout à leur joie dans leur rôle de mères, avaient leurs yeux brillants d’amour pour leur bébé. Elle observait les familles, les amis qui défilaient avec une singulière régularité. Les mères, comme les bébés, ne restaient pas souvent seuls. Et ce n’était qu’embrassades, exubérances, compliments, cadeaux pour le nouveau-né, bouquet de fleurs pour la récente accouchée: en somme, tout ce qui pouvait servir à féliciter les heureux parents de leurs prouesses. Cette agitation lui donnait mal à la tête. Cela lui faisait encore plus ressentir sa solitude au fur et à mesure que les heures s’égrainaient à l’horloge qui venait de sonner vingt heures. Petit à petit, comme par enchantement, la salle se vidait de ses occupants. Un silence tout relatif remplaçait maintenant le bruit qu’avaient faits les allées et venues des trop bruyants visiteurs de la journée. Le mépris des précautions d’usage en vigueur, destinées à ne pas réveiller les nouveau-nés endormis, était monnaie courante. L’époque après guerre ne se prêtait pas encore à l'individualisme des chambres! En mille neuf cent quarante sept, on en était encore très loin et comme l'on dit: " Il faut laisser le temps au temps"...
A suivre...
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