
Autant en emporte la vie
Mariage de raison
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Chapitre 1er
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Allez, un petit effort! A votre âge on est insouciante, gaie, rieuse! Je vois bien que vous êtes angoissée! Votre comportement n’est pas normal par rapport aux autres mères! Qu’est ce qui vous rend si triste? Quelle est cette peur que je lis dans vos yeux? Si vous ne dites rien, je ne pourrai pas vous venir en aide! Geneviève murmura:
- Je ne veux pas de l’enfant.
La sage-femme sentit son cœur battre plus vite. La phrase fatidique précédant presque toujours un abandon était lâchée! Elle resta interdite le temps de se reprendre puis, d’une voix qui se voulait douce et persuasive, elle osa la sermonner:
- Je me doutais bien qu’il y avait quelque chose dans ce genre là! Voyons, ma chère petite! Je ne connais pas les raisons qui vous poussent à cet acte désespéré, mais raisonnez-vous! Il ne faut pas agir comme vous avez l’intention de le faire! C’est grave! Très grave!
- Je ne veux pas de cette chose... malsaine!
Ces mots jetés comme ça, froidement, firent frémir la sage-femme qui, chaque fois qu’elle était confrontée à pareille situation, essayait de dissuader les jeunes mères d’en arriver aux extrémités presque toujours irréversibles, une fois l’acte d’abandon signé. Bien souvent, par la suite, quelques unes des jeunes femmes qu’elle avait accouché, revenaient la voir pour lui demander conseil. Elles regrettaient toutes leur geste irréfléchi. Elles voulaient toutes reprendre leur enfant parce que leur situation s’était arrangée, modifiée. Trop souvent, malheureusement, il est bien trop tard pour revenir en arrière... Des événements déchirants, horrifiants, à la limite du soutenable, avaient jalonné sa longue et difficile carrière. A chaque abandon, elle sentait monter en elle une révolte qu’elle avait bien du mal à réfréner lorsque celui-ci devenait irrévocable néanmoins, en ce qui concernait la jeune femme qui se trouvait devant elle, elle se devait de faire échouer le projet d’abandon de sa petite fille. Le bébé luttait en ce moment même pour sa survie.
Sa venue au monde l’avait laissée sans force, rendant la petite fille incapable de lancer son premier cri. Il avait fallu tout son savoir-faire pour amener le nouveau-né à la vie. Elle n’aurait su dire pourquoi, sa conscience lui dictait d’insister auprès de la mère pour sauver ce petit être sans défense qui se battait déjà contre l’adversité. Pour sa propre estime et aussi pour la conscience qu’elle avait de son devoir, elle se devait de réussir ce tour de force. Elle réprima la rage qui montait en elle, ce qui pouvait brusquer la jeune femme et la buter si elle ne se contrôlait pas. Elle avait compris, depuis toutes ces années, que cela ne servait à rien qu’à desservir les intérêts du bébé en devenir...
L’espace de quelques secondes avait été nécessaire à la sage-femme pour reprendre le cours de sa pensée. Geneviève, sur le qui-vive, recroquevillée sur elle-même, guettait le moment où celle-ci reprendrait la parole. Elle sursauta presque par surprise lorsqu’elle entendit, de nouveau, le son de sa voix dont la masculinité l’avait tant impressionnée la première fois.
- Allons! Lui dit-elle en tapotant doucement sa main.
Ce contact du simple toucher lui était très désagréable, pourtant Geneviève n'essaya même pas de bouger le petit doigt. Elle se contenta de prononcer laconiquement:
- Veuillez enlever votre main s'il vous plait: je ne supporte pas que l'on me touche.
La sage femme interloquée par cette soudaine rebuffade n'insista pas et stoppa net son geste, étonnée par cette réaction froide et disproportionnée, visant (elle venait de le comprendre) à ne pas se laisser attendrir par cette marque de compation destinée à faire fléchir la jeune femme concernant la garde de son bébé.
A suivre...


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