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Autant en emporte la vie
Chapitre 1er
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- C’est une petite fille! S’exclama la sage-femme. Ça n’a pas été facile, mais nous y sommes arrivés. N’êtes vous pas heureuse?! Geneviève ne répondit pas. Inquiète de cette apparente indifférence concernant tout ce qui se passait autour d'elle, la sage-femme reprit: - Votre bébé est en bonne mains. Pour le moment, nous la gardons en couveuse: elle est faible et n'a pas le poids requit pour être auprès de vous. Toujours pas de réponse. La sage femme continua: - On vous le fera voir un peu plus tard lorsque vous serez mieux. Reposez-vous. Les prunelles vertes de Geneviève trahissait une profonde angoisse. La sage-femme l'observait avec une curiosité à peine dissimulée. Un je ne sais quoi dans le comportement de la jeune accouchée l'intriguait. Geneviève avait du mal à ne pas montrer son dépit de savoir son bébé en vie. Des larmes de rage qu'elle voulait retenir envahissaient ses yeux. La sage-femme ne voulu pas croire à ce qu'elle lisait dans le regard de sa patiente. Émue plus qu'elle ne voulait le laisser paraître, elle se surprit quelque peu à la fustiger du regard, et des paroles qu'elle ne voulait aucunement être empreintes de reproches, dépassèrent sa pensée. - Il me semble que n'avez pas l'air content? Je suppose que vous n'êtes pas heureuse de cette naissance? La phrase fusa à travers la pièce et s'abattit sur Geneviève comme un couperet. Cette fois, la jeune femme ne put se retenir plus longtemps de grosses larmes qui roulèrent sur ses joues. son corps délivré du poids qui avait alourdi sa silhouette et arrondi son ventre depuis tous ces longs mois de calvaire, semblait ne pas vouloir cesser ses soubresauts désordonnés. Des spasmes l'agitaient encore quand la sage-femme excédée s'énerva: Et bien! Qu'avez-vous? Ces larmes ne semblent pas être des larmes de joie! Mais qu'est-ce qui m'a fichu une maman qui pleure? Si c'est une crise de nerfs, essayez de vous ressaisir si vous ne voulez pas que je vous administrer un calmant! Geneviève ne comprenait pas la raison qui poussait cette femme d'allure masculine à la rabrouer de la sorte. D'ailleurs, elle s'en moquait. Qui aurait pu deviner ce qui l'agitait ainsi en ce moment même? Madame «grognon » comme on la surnommait dans le service, cachait sous un faciès ingrat qu’elle cultivait à plaisir, un cœur tendre, bon et généreux. Sa carapace n’était que la résultante de nombreuses années de présence, de dévouement et de pratique dans multiples services au sein de cet hôpital avant d’atterrir au service de la maternité. Ce blindage acquis, somme toute de bonne qualité, était nécessaire si l’on voulait tenir dans ce milieu professionnel ingrat où les abandons et la mort étaient monnaie courante, bien qu’on s’évertua à y prodiguer des soins nécessaires à préserver la vie dans la mesure où la nature voulait bien laisser les praticiens exercer leur métier en l’état de leurs connaissances pour l’époque... Madame «grognon» désirait par-dessus tout venir en aide à son prochain. Sa vocation avait de puissantes racines dans son passé. C’était tout naturellement qu’elle avait enfilé comme un vieux pull mité cette dure profession. Ses émotions étaient rompues à toutes sortes d’épreuves; mais ce qu’elle abhorrait par-dessus tout, c’était la fatalité. Un je ne sais quel besoin la poussait à en savoir plus sur le jeune femme et pourquoi elle rejetait son enfant. Si il était dans son pouvoir d'éviter un énième abandon, elle se devait de l'empêcher. Geneviève baissa les paupières pour ne pas croiser le regard inquisiteur de la sage-femme qui semblait vouloir fouiller jusqu’au tréfonds de son être. Celle-ci ne pouvait s’empêcher de se poser des questions au sujet de cette jeune mère, presque une enfant encore. Il fallait vraiment qu’elle arrive à percer le secret qui rongeait la jeune femme, aussi, se promit-elle d’aller lui rendre visite à son chevet, dès que son temps le lui permettrait.
A suivre...
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