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Autant en emporte la vie - chapitre -2- page -8-
Autant en emporte la vie
Le complot
Chapitre -1-
Page -8-
Geneviève insista, sachant très bien ce qu'elle risquait si elle ne se pliait pas aux décisions de son mari; Néanmoins, elle continua sa phrase:
- Tu ne comprends pas. Je veux pouvoir choisir ce que je veux faire sans en rendre compte à qui que ce soit et surtout pas à mes parents. Toi, c’est une chose; mais eux, non! J’ai envie de sortir de la maison, apprendre un métier qui m’intéresse et gagner mon argent puisque tu me reproches de dépenser l’argent de ma dote.
Robert, un rictus aux lèvres, narquois et sûr de lui, opposa un refus catégorique et sans appel:
- Je ne veux pas que tu travailles ailleurs que chez tes parents.
Geneviève sentit que la conversation allait tourner court; mais elle voulait arriver à ses fins et tant qu' à faire, autant percer l’abcès maintenant:
- Je veux ma liberté, trouver ma voix, faire un métier qui me plaise et je veux divorcer! Te voilà prévenu!
Robert, devenu blême et muet de stupeur devant ce flot de paroles, se reprit, omettant volontairement de s’étendre sur la notion de divorce. Quand à l’idée même que Geneviève émettait du désir de travailler, il lui rétorqua encore une fois, sachant très bien qu’elle ne céderait pas:
- Si tu t’ennuies, t’as qu’à fair’ l’ménage! C’t’une vraie porcherie ici! Et si ça t' suffit pas! T’as qu’à t’occuper d’note fille! Ça coût’ra moins cher que d’la laisser à la nourrice! T’as qu’à faire un effort! C’est ton rôle de mère d’t’occuper not’e fille! T'as déjà rej’té les aut’es! Ca va bien! Ca suffit!
- Non!
- Quoi, non?!
- Non. Je ne veux pas te servir de bonne et élever tes gosses toute ma vie! Et non, je ne veux pas m’occuper de « ta fille »! J’ai bien dis « ta fille »! As-tu oublié que tu m’as prise de force?! Cette chose comme tous les autres est le fruit de ton acte dégoûtant! Je ne veux pas d’elle et de toi non plus! Je ne serai jamais ta femme de mon plein gré! Je veux divorcer! Tu entends? Si tu n’acceptes pas le divorce, je te rendrais la vie impossible! De par mon mariage, je suis émancipée et je ne veux pas passer ma vie avec toi et en plus, sous le joug de ton père et de ma mère!
Malgré la rage qui bouillait en lui, Robert s’efforça de garder son calme. Il sentait que sa femme cherchait l’affrontement. Il repris la parole et sur un ton monocorde il appuya bien distinctement sur ces mots:
- Pas question qu’tu travailles et encore moins qu’on divorce. T’as compris? Y’a pas à y rev’nir!
- C’est-ce qu’on verra! Hurla Geneviève. La prochaine fois que tu me touches, je te réserve une surprise de taille!
Robert ricana:
- T’es ma femme. Qu’est’qu’tu pourrais bien fair’ cont’ ça? Et pis, qu’est c’que tu vas ben pouvoir prouver? Et si j’ai envie de prendre c’qui est à moi?! Hein! Allez! Dis-moi?! T’es qu’une folle ma pauv’e fille! Tu vois qu’tu peux rien cont’e moi?!
Oh! Cette façon qu’avait Robert de manger la moitié les mots qu’il prononçait lui déplaisait au plus haut point! Elle ne répliqua pas, se contentant de hausser les épaules; mais n'en pensa pas moins...
Depuis sa sortie de la maternité, insidieusement dans son esprit, l’idée d’un emploi doublé d’un divorce, une fois bien installée dans sa nouvelle vie, faisait son chemin. Ce qui était en train de devenir une obsession occupait toutes ses pensées. Elle ne comptait pas s’éterniser dans le rôle d’une tendre épouse soumise et dévouée, attendant avec docilité le retour de son « mari » pour qu’il n’ait plus qu’à mettre les pieds sous la table. Elle devait le mettre au courant et le plus vite possible qu’elle voulait dégotter un emploi. Elle ne comptait pas passer sa vie auprès de cet homme qui ne lui convenait pas du tout et qu’on lui avait imposé de force. Il ne savait conclure les discutions qu’ils entamaient que par des grognements, des insultes et des coups. Elle voulait faire de sa vie une réussite. Quelque chose de bien devait lui arriver. Il n’était pas possible que la malchance s’acharne sur elle tout au long de son existence! Elle voulait être libre. Vivre quelque chose qui lui donnerait le sentiment de ne pas être un pion que l’on déplace sur un échiquier. Sa vie, elle ne la voulait pas « échec et mat ».