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Autant en emporte la vie
Le Complot
Chapitre -2-
Page -6-
Geneviève se sentait désoeuvrée. Elle errait d’une pièce à l’autre sans but précis. Chaque heure qui s’égrainait lamentablement au carillon lui paraissait interminable. Geneviève s’ennuyait à mourir dans ce rez-de-chaussée humide et sombre de la rue Mirabeau. Le matin, bien après que Robert, qui commençait de très bonne heure soit parti, elle se levait, se faisait du café, avalait précipitamment la première tasse brûlante et se resservait un bol plein pour le déguster plus lentement avec deux tartines de pain de campagne tout en écoutant le poste de TSF. Ça lui prenait bien une bonne partie de la matinée. Après le rituel du matin, elle commençait à tourner en rond devant la pile de vaisselle qui séjournait dans l’évier et la poussière qui envahissait les quelques meubles garnissant le logement. Pour oublier ces constants moments de déprime, elle se plongeait dans des magasines de mode passés par une voisine de palier avec qui elle avait sympathisé. Elle les feuilletait plusieurs fois de suite rêvant devant de somptueuses toilettes qu’elle ne porterait jamais. C’est dans ces moments là que, n’en pouvant plus d’être confinée dans cette odeur de renfermé, elle se lavait, se maquillait légèrement, s’habillait pour aller se promener et faire du lèche vitrine. A l’air libre, enfin elle respirait. Le long de ces grandes rues bruyantes de passants, agrémentées par la présence euphorisante de grands cafés, Geneviève se sentait revivre. Devant les vitrines des magasins, son oppression avait complètement disparu. Elle ne se rendait pas compte qu’elle marchait depuis longtemps sans se soucier des heures qui défilaient. La plus part du temps, ses pas la conduisaient sur les grands boulevards pleins de bruits, du va et viens des passants qu'elle croisait. Elle adorait, en fin d'après midi, observer les néons des magasins éclairer leur devanture. Il n’était pas rare, la nuit tombée, d’apercevoir un taxi s’arrêter devant le 48 de la rue Mirabeau et de l’apercevoir en descendre les bras chargés de parquets enrubannés plus ou moins gros. Elle s’engouffrait en hâte dans le couloir mal odorant et mal éclairé de l’immeuble où elle habitait. La porte du deux pièces à peine ouverte, Geneviève retrouvait les mêmes murs lézardés du vestibule par où suintait une humidité latente qui contribuait à dégager cet air malsain qu'elle redoutait, ce qui lui occasionnait des nausées, le papier jaunit par endroits et délavé en d’autres coins de la salle à manger. Du linge sale traînait un peu partout sur les quelques meubles épars et disparates qui lui servaient de décor lui faisait horreur. Après avoir déposé tous ses achats un peu n’importe où, elle se laissait choir sur le vieux fauteuil de cuir craqueléé réservé à son mari qui, pour une fois qu’il était libre, lui tendait les bras. Alors seulement elle entreprenait de regarder plus en détail ses foles dépenses faites sur un coup de tête. Ce n’est pas qu’elle avait peur de dépenser l’argent du ménage puisque ses parents l’avaient dotée! Non. Mais ce qui l’inquiétait le plus, c’était la réaction de Robert à la vue de toutes ces choses dont elle n’avait nul besoin d'aprés son mari. Il détestait au plus haut point leextravaganceses de sa femme car il avait conscience de sa beauté . Elle se savait jolie et les toilettes lui plaisaient tout autant que le maquillage et la lingerie féminine. Il fallait qu'elle dissimule ses achats.
Elle entreprit de trouver une cachette où il n’aurait pas l’idée d’aller voir. Dans la chambre à coucher, le lit n’était pas fait. Geneviève n’en avait cure. Robert avait beau lui faire des reproches sur la mauvaise tenue du ménage, lui interdire ses débordements, vindicative et contestataire par principe, Geneviève n’en faisait qu’à sa tête. Plus d’une fois il avait surpris sa femme en flagrant délit de sorties tardives et de dépenses qu’il jugeait inconsidérées. Cela finissait généralement très mal. Le couple s’affrontait, ne laissant derrière lui qu’un champ de ruines où gisaient produits de beauté piétinés, flacons de parfums de marques cassés, robes déchirées et lingerie fine réduite à de simples petits bouts de dentelle et de nylon qui n’avaient plus rien à voir, de près ou de loin, avec des dessous féminins. Les quelques meubles avaient aussi leur compte de coups, d'éraflures et de bosses: Les chaises et le seul fauteuil du logement se retrouvaientnt renversés sans compter les carreaux de casser et que sais-je encore! Quant aux bleus que la jeune femme récoltait au cours de ces confrontations orageuses, ils mettaient plusieurs jours à s’estomper et à disparaître complètement ce qui, pour quelques temps, l’empêchait de sortir, du moins, Robert le pensait-il. Geneviève en avait assez de se faire corriger à coup de poings et de pieds et ce n’était pas le pire des blessures infligées! Il fallait que ça cesse! Oh! Elle ne se laissait pas faire! Comme un bon petit soldat hargneuse elle se défendait et tout volait dans la maison. Tout y passait! La vaisselle et les bibelots ne faisaient pas long feu chez le couple Cadoret. Sa spécialité, ce qui rendait Robert fou de rage, c’était lorsqu’elle courait autour de la table de la salle à manger avec un objet qu’elle attrapait au passage: tout et n’importe quoi et bien souvent le fer à repasser quand ce n’était pas le balai qu’elle tenait bien serré dans ses mains et de s’en servir comme d’un projectile ou d’un bouclier tout en hurlant pour ameuter le quartier. Ça, elle savait y faire! L’issue de ces affrontements se terminait généralement au poste de police pour le mari; mais pas avant que les coups n'aient plu sur elle.
A suivre...
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