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Autant en emporte la vie
Le complot * Mariage arrangé Page -5- Après un temps réglementaire, elles passaient les draps et le linge qui avaient bouilli dans des baquets d’eau claire, non chauffés cette fois, pour ne pas les mélanger. Elles tournaient et retournaient encore les divers tissus et vêtements avant de pouvoir les sortir les un après les autres une fois qu’ils étaient assez refroidi pour les manipuler, les charger dans une brouette de bois où l’on avait disposé un vieux morceau de drap sec et propre sans oublier le battoir: outil indispensable pour aller battre la lessive à la rivière en contrebas où coulait une eau limpide, douce et fraîche. Il fallait battre, rincer abondamment dans cette eau courante et chantante; mais ce n’était pas fredonner des airs qu’elles avaient apprit de mères en filles et lorsqu’elles jugeaient que draps et linge de maison étaient parfaitement propres, elles tordaient avec précaution chemises, robes, corsages, jupes et jupons, caleçon et pantalons qu’elles allaient étendre dans le prés d’herbes tendres de leur propriété, exposés aux chauds rayons du soleil ou ils séchaient tranquillement. Les draps blanchis et fleurant bon la campagne, étaient ramassés, toujours en chantant. Les jeunes filles et femmes mariées babillaient comme des pies. Les demoiselles de fermes avoisinantes venaient aider pour plier le linge et rendaient la pareille jusqu’à ce que tout soit ramassé et plié soigneusement dans de grands paniers d’osier. Robert connaissait leurs habitudes. Il se faisait un plaisir de les espionner, caché derrière les buissons jouxtant les abords de ce ruban d’eau vive qui serpentait à travers collines, monts et vallées. En cachette de son père, il grignotait quelques minutes de son temps sur le travail des champs. Il aimait les voir laver, taper, chanter, se trémousser un foulard retenant leurs cheveux, un coin de leur jupe longue relevé et coincé dans leur ceinture, la taille fines et le panier d’osier sur les hanches. Les pains de savon dont elles se servaient, laissaient au linge une agréable senteur de fleurs des champs au pliage. Dans les grandes armoires de chêne qui elles, embaumaient la lavande, les piles de draps venaient s’entasser, rangées au millimètre prés. Les chemises et autres petits linges, se retrouvaient tout aussi minutieusement rangés à leur place habituelle. Après avoir compté les draps et tout ce qui devait se trouver au complet dans les armoires, les lourdes portes de chêne étaient refermées à clef, cachant souvent des trésors en argent et bijoux transmis par héritage. Robert le savait parce qu’il avait vu sa mère faire de même. De plus, les rumeurs sur telle ou telle famille qui venaient d’hériter après le décès d’un proche allaient bon train, colportées de ferme en ferme et de fermes en villages par les langues malveillantes et envieuses... et le vent du nord. Robert savait prêter attention aux « on dits » Il écoutait à défaut de savoir parler aux filles. Quand au trousseau de clef de sa mère, il l’avait toujours vu pendre à sa ceinture et ne quittait sa place que pour entrer dans les serrures qui se rapportaient aux clefs. C’est elle qui s’occupait des comptes. L’argenterie et tout ce qu’il pouvait y avoir de précieux à ses yeux était sous sa régence.
Pour en revenir à sa propre femme Geneviève, elle avait vu le jour à Neuf Marché, en seine Maritime. Ses parents, tous deux également natif de Normandie, avaient soudainement voulu, pour des raisons assez obscures, venir vivre définitivement en banlieue Parisienne. La guerre les ayant enrichie un peu plus et d’une manière peu avouable, il valait mieux pour eux qu’il se fassent un peu oublier au pays. C’est à l’âge de cinquante cinq ans que Monsieur De Laplace avait décidé de s’installer définitivement à Paris. Ce n’était pas tout à fait la grande ville; mais ce n’était pas très loin en train et puis, sa femme venait d’hériter de bien immobiliers et d’une assez coquette somme d’argent ce qui les appelait tout droit à Clichy sur seine. En effet, Madame De Laplace avait un oncle Granchette du côté de sa mère qui devait rester vieux garçon et avait amassé, sa vie durant, une véritable petite fortune. Leur fille aînée, Lucienne était déjà en âge de se marier. Ils avaient eu, comme on dit, le choix du Roi puisqu’un garçon répondant au prénom d’André était venu au monde en second. Geneviève était, dans la liste Chronologique des naissances, la troisième née. Elle se trouvait prise entre sa sœur aînée Bernadette, sa deuxième soeur Christiane et son frère andré. Ses trois autres soeurs, plus jeunes, suivaient le mouvement pour faire souffrir geneviève qui était le vilain petit canard de la fratrie. Eh, oui! Madame De Laplace avait des préférences pour son fils et ses cinq filles. Surtout son fils était sa joie. Ses sœurs: Eliane, Apolline, Bernadette et Christiane était plus jeune qu’elle mais la suivait de prés, ce qui faisait de Geneviève la tête de turc de sa propre mère qui ne l’aimait pas, allez savoir pourquoi… Toujours est-il que, Monsieur et Madame De Laplace, à l’acquisition du bazar qui faisait partie de l’héritage en question, au lieu de le vendre le commerce et les dépendances qui se trouvaient être au dessus puisque l'immeuble comprenait deux étages, avaient décider de le conserver pour l’exploiter. C’est de cette façon que les parents de sa femme se retrouvèrent citadins. De ventes pour les uns en achats pour les autres, étant de la même région, les deux partis avaient familiarisé, s'étaient mis d'accords et usé, en lieu et place de Geneviève et Robert, du droit de décision qu’ils avaient sur leurs enfants à mariés, afin de réunir, protéger et préserver les patrimoines respectifs et importants des deux familles. A suivre...
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