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Le complot
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Chapitre -2-
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Lorsque le couple se retrouvait face à face, Chacun se cantonnait sur ses positions et dans un mutisme qui durait des semaines sans qu'un seul ne songe à y mettre fin. S’il leurs arrivait d’échanger trois mots, ça repartait de plus belle pour s’entre déchirer à nouveau. Robert, au fond de lui, souffrait de voir son mariage se à la dérive. Il ne voulait pas se l’avouer; mais il commençait à se rendre compte de l’importance qu’avait sa femme dans sa vie. Paradoxalement, plus elle lui tenait tête, plus elle le repoussait et plus il ressentait de la peine. Ce sentiment, nouveau pour lui, le rendait chaque jour un peu plus vulnérable. Robert se prenait à rêver que Geneviève lui pardonnait ses erreurs et qu’ils allaient, ensemble, chercher leur petite fille. Bien qu’il soit conscient de l’avoir obligée à se soumettre à lui, il aimait ce petit être qu’elle lui avait donné! Il ne concevait pas que Geneviève puisse considérer ce bébé comme le fruit d'un viol puisqu'il étaient mariés! Confusément, il ressentait la haine que Geneviève lui vouait. Ce qu’il ne savait pas, c’est à quel point elle le haïssait. Chaque fois qu’il l’obligeait à accomplir son devoir conjugal, Geneviève se braquait et trouvait toutes les excuses possibles, quitte à déclencher une dispute pour échapper à cette corvée. Robert voyait bien l’effet qu’il avait sur elle et il en souffrait. Ce n’était pas de sa faute si son père ne l’avait pas éduqué sur ce point crucial qu'est l’acte d’amour avec une jeune fille! Pourtant, sa fierté d’homme lui interdisait de capituler devant les refus répétés de Geneviève. Son père lui avait décrit le sexe comme une solution miracle à leur mutuelle méconnaissance. Malgré les tensions incessantes qui s’exerçaient au sein du couple, Robert s’obstinait à ne pas vouloir envisager un divorce. Dans la famille Cadoret, cela ne se faisait pas. De religion catholique, ce n’était même pas pensable! Geneviève était sa femme devant Dieu et devant les hommes. Elle le resterait quoi qu’il lui en coûte. Ils avaient deux enfants dont il était le père. (Des deux autres enfants "bâtards", il n'en savait rien car il n'en connaissait pas les tenants et les aboutissants). Même si sa femme refusait de s’occuper des d'eux enfants qu'ils avaient ensemble, de ce côté-là, tout était clair. Il n’y avait pas à y revenir. Depuis qu'ils étaient mariés, Robert avait appris à ses dépends le non fondé des affirmations de son paternel. Il avait vraiment pris conscience qu’il n’aurait jamais dû suivre ses conseils. Il avait encore en mémoire les paroles de celui-ci lorsqu’il lui avait fait part de ses craintes concernant ce mariage. C'était une chose établie. Par contre, au fur et à mesure que leur couple se détériorait, Robert se rendait compte qu’il ne pouvait pas continuer comme ça. Il avait encore en mémoire les paroles du patriarche qui résonnait dans sa tête lorsqu’il lui avait fait part de ses craintes quelques temps avant le mariage. Le père avait répliqué:
- La fille De Laplace est un bon parti! Peu importe qu’elle soit contente ou pas qu’tu la maries! Le principal c’est que moi j’le soit!…
Les propos de son despote de père cognaient encore à ses oreilles comme autant de coups de marteaux martelés sur une enclume:
- Tu t’rends comptes, fils? J’te donne l’garage en dot’ p'isque j’peux pus travailler! Tu sais ben! Ma pauv’e jambe? T’es fort comme un turc toi! J’vais pouvoir me r’poser un peu. Moi et ta mère, on a pus vingt ans! Et ton frère aîné est parti en Amérique chercher fortune! Alors, y’a p'us qu’toi mon gars pour r'prend'e l'affaire familiale! Nous deux, on a pus b’soin d’grand chose pour viv’! Tu nous verses une p’tite pension pour assurer nos vieux jours! Ca nous suffit! Et pis si tu t’maries la pt’ite De Laplace, les parents vont la doter! Pour peu qui aient p'us envie d’travailler et que d’vivent d’leur rente, ça leurs dissent quequ'chose: car lis sont fortunés les De Laplace! Y’a d’grandes chances pour qui vous laissent le bazar en gérance tout en gardant un œil dessus quand même pa'ce que la mère De Laplace, elle est pas commode la bougresse! « Ses sous, c’est qué’qu’chose! Faudrait pas que les affaires coulent! Bâ, tient, pardi! Si i's ont pas b’soins d’argent, i's en prendront une partie pour eux et le reste, ça s’ra pour vous! Eh, ouai mon gars! Pourtoi et ta moitié!…
Robert buvait littéralement ses paroles. Et le père de reprendre:
- Je m’suis laissé dire qui veulent voyager. E pis, avec la dote d'leur fille et la gérance du garage que j'te laisse, vous s’rez pas dans l’besoin si tu sais bien t’y prendre mon garçon!
Le vieil homme tapota sa pipe de bruyère qu’il avait entre les dents sur le bord de la table de ferme pour en faire tomber la cendre refroidie. Robert le regardait faire sans broncher. Tout en réfléchissant, le père Cadoret s’appliquait à bourrer de nouveau sa pipe qu’il avait l’intention de rallumer. Robert observait l’auteur de ses jours sans rompre le silence qui s’était installé entre eux. Il attendait, se balançant sur sa chaise que son paternel sorte de son mutisme. Celui-ci, toujours absorbé par ses pensées, continuait de tirer et de savourer le tabac gris de sa pipe en écume, seule chose qu’il savait faire avec délice tout en prenant son temps. Des volutes de fumée s’échappaient de ses lèvres charnues qui tétaient les goulées de fumée avec avidité.
A suivre...

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