Autant en emporte la vie - La rencontre - Chapitre - 4 - page - 5 -

 

 

Autant en emporte la vie

 

Geneviève, ma mère à vingt cinq ans: sosie de Line Renaud:

Il y avait une très forte ressemblance. 

Lorsque je vois Line à la télé, je vois ma mère au même âge.

Je n'ai pas de photo d'elle. Son visage s'efface doucement de mon souvenir; mais grâce à Line, je me raccroche

 à cette image pour conserver un semblant de racine... Savoir d'où je viens! C'est très important pour moi!

Pour qui n'est-ce pas important?...

Pour mon père, je me rappelle qu'il était grand, blond, bel homme au yeux vert

comme ma mère et moi-même.

  

Chapitre -4-

 

La rencontre

 

Page-5-

 

Au salon, ce samedi avait commencé sur des chapeaux de roues. La clientèle étant plus nombreuse qu’à l'accoutumée, pas une seconde de répit n'avait été accordée au personnel.

Geneviève était au bord de la crise de nerfs. De plus, l’heure à laquelle elle devait finir son service était dépassée depuis vingt-cinq bonnes minutes, lorsqu’un homme d’une trentaine d'années, entra.

C’était un homme élancé. Sa stature d’athlète, ses yeux verts émeraude dans un visage régulier doté d’une abondante chevelure brune, sa prestance, en faisait un très beau spécimen de la gente masculine. Tous ces détails n’avaient pas échappés aux autres filles qui, d’un coup d’œil malicieux, avaient fait le tour de sa personne tandis que, absorbée par son travail, Geneviève ne s’était aperçu de rien.

Juliette risqua à son oreille :

- Tu as vu comme il est beau, cet homme là-bas !

Geneviève, toujours affairée sur la chevelure de sa cliente, ne répondit pas, elle se contenta de hausser les épaules. Juliette insista:

- Mais regarde au moins! S’il me faisait la cour, je t’assure que je ne refuserais pas ses avances.

- Moi non plus, chuchota une autre.

Geneviève répliqua, excédée:

- C’en est assez de vos bavardages! Ce que vous pouvez être idiotes avec vos réflexions!

- Tu as vu ses yeux? Ils sont d’un vert! Je me perdrais bien dedans pour voir!

Geneviève s’arrêta dans son geste:

- Vous ne pensez qu’à la «bagatelle»! Il ne vous arrive jamais d’être sérieuses?!

Après la journée que j’ai dans les jambes, je vous assure que je n’ai nulle  envie que qui que ce soit me fasse la cour, fut-il le plus bel homme de la terre! Je n’ai qu’un seul désir, c’est de terminer ma journée et de rentrer chez moi! J’ai la plante des pieds qui me fait cruellement souffrir et ça me brûle! De plus, ils sont tout gonflés! J’aimerais bien enlever mes talons et m’asseoir ne serait ce que cinq minutes!

Geneviève, emportée dans sa tirade, ne s’était pas aperçue que le jeune homme s’était approché. Ces demoiselles, la mine malicieuse et faussement timide, ne disaient plus un mot. Une voix grave et chaude lui fît écho:

- Il ne me semble pas que vos jambes souffrent tellement et soient enflées? Je les trouve même très jolies! Vos pieds non plus n’ont pas l’air si mal en point que ça!

Geneviève fit volte face et se trouva face à face avec le bel inconnu: 

 « Mon Dieu! Pensa-t-elle. Il a du tout entendre? Il a tout entendu! J'en suis sûre! D’après ce qu’il vient de me dire, il n’y a pas de doute possible. Oh! Que je suis mal à l’aise! » 

La gêne rougit ses joues. C’en était touchant pensa le visiteur. Geneviève n’en menait pas large et pour tout dire, elle qui avait mal aux pieds, elle était dans ses petits souliers. Intérieurement, elle enrageait et rouspétait:

« Oh! Ces pies! Elles sont insupportables! Elles auraient pu me prévenir, me faire un geste pour me signaler sa présence derrière mon dos!»

Son mécontentement la fit fortement taper du pied sur le sol:

- Comme cette situation est embarrassante! C’est agaçant! Dit-elle pour se donner une contenance.

Le jeune homme la regardait d’un air amusé, ce qui obligea Geneviève à se composer une attitude tant elle se sentait gênée.

- « C’est trop bête! Se dit-elle encore. Qu’as tu fait de ton assurance, ma grande? » Elle ne savait vraiment plus quelle attitude adopter. Pourtant, il fallait bien mettre fin à ce calvaire! Il devenait nécessaire de montrer à cet homme une allure posée, commerciale et responsable sinon, qu’allait-il imaginer!

- « Allez ma vieille! Un peu de courage! Lève la tête!» Ce qu'elle fit.

Et me voici à vingt ans, en 1967.

A suivre...


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Dernière mise à jour de cette page le 06/11/2009