|

Autant en emporte la vie

La rencontre
Chapitre - 4 -
Page - 4 -
En effet, Mme "De" adorait les honneurs et hommages. Pour donner le change au curé, elle se faisait un devoir de se rendre indispensable partout où elle mettait les pieds. Quant à ses œuvres de charité, elle déployait des trésors d’ingéniosité afin de se faire remarquer accaparant, de cette façon, l’attention des notables de la ville, ce qu’elle affectionnait tout particulièrement. Ainsi elle soignait du même coup son ego et renforçait son image de marque de «sainte femme» vertueuse, irréprochable et serviable à qui elle s’efforçait de ressembler.
Mme "De" tenait énormément à sa réputation, et savait, à la perfection, dissimuler les traits les plus vils de son caractère qu’elle prenait bien soin de ne pas dévoiler! C’était une orgueilleuse femme de poigne. Elle dirigeait toute la communauté paroissiale d’une main de fer qui ne s’embarrassait pas de gants de velours! Sous l’égide de monsieur le curé qui, somme toute, était bien content de se décharger des tâches plutôt frivoles fastidieuses concernant l' organisations des fêtes de charité, des collectes pour son entretien et l'entretien de l'église. Son intérêt se portait tout naturellement sur les responsabilités de son sacerdoce: la charge d'âme de ses paroissiens était plus importante à ses yeux! Et puis, Mme "De" savait si bien faire les choses! Ses paroles? Alors, ses paroles! Doucereuses à souhait, cachaient, pour ceux à qui elles étaient destinées, un double sens que seule l’intéressé saisissait, promesse pour lui ou elle, d’un châtiment à l’échelle de ce que Mme "De" avait découvert d'intéressant sur leur vie privée...
Cette femme foncièrement égoïste, capricieuse et méchante, prenait un malin plaisir à humilier les gens de petite condition qui n’osaient répliquer, sachant très bien qu’ils encouraient l’exclusion de ses faveurs et de sa «charité», chose qu’ils ne pouvaient pas se permettre.
Cette femme démoniaque devait avoir eu une éducation très rigoureuse, austère et puritaine pour prendre un malin plaisir à être aussi peu humaine?…
Églantine avait vu grandir Geneviève devenue à présent une belle jeune fille. Elle avait eu largement le temps d’observer et d'étudier le comportement de la mère de Ginou, au fur et à mesure que les années s'étaient écoulés. Eglantine, depuis que la petite fille était entrée dans sa vie, l’avait suivie de prés tandis que dix-sept automnes, peu à peu, avaient ridé son corps et son visage et blanchit ses cheveux. Depuis qu' Eglantine, fine psychologue, avait donné tout son amour à la petite Ginou, les manœuvres qu'employait madame "De" pour arriver à ses fins, ne lui étaient plus inconnues. Églantine ne comptait plus les fois où elle avait proposé ses services à cette dernière à l’occasion d’une fête de charité, que la paroisse organisait pour ses pauvres ou d'une kermesse pour récolter des fonds pour l'église.
Afin d’être le plus près possible de sa petite Ginou sans perdre la moindre occasion bien sûr d’être dans les papiers de sa mère! Eglantine était de toutes les entreprises de charité que madame "De" organisait pour sa propre renommé. Le terrain s’avérait propice à l’observation de ses faits et gestes et Églantine ne s’en privait pas. Madame "De" lui adressait souvent la parole sans se rendre compte un seul instant des liens qui unissaient sa fille, qu'elle rejetait chaque jour un peu plus, à sa propre personne. Cela la réjouissait au plus haut point de jouer ce bon tour à cette mégère en jupons…
A suivre...
|