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Autant en emporte la vie
La rencontre
Chapitre - 4 -
Page -13-
A ce flot compulsif et ininterrompu de paroles, Bob ne sut que répondre. Pour ne pas mettre mal à l’aise la jeune femme, il ne montra aucune réaction. Il se contenta de la regarder avec compassion avant de l’inciter à boire encore un peu de ce Cognac que le serveur leur avait amené, ce qu’elle fit sans protester, subjuguée par la rassurante autorité du jeune homme. Bob voulait à tout prix qu’elle se réchauffe et qu’elle se débarrasse de son inhibition. Cette liqueur était le seul moyen qu’il avait trouvé. Elle était tellement sur la défensive, crispée et grelottante sur cette banquette de café, que ce cognac s’imposait de lui-même... D'abord avec prudence, elle y trempa délicatement ses lèvres. Le liquide Ambré descendit le long de sa gorge, ce qui la fit tousser et devenir toute rouge. Bob, amusé et attendri par ce côté femme-enfant qu’il découvrait en elle, la regardait avec un je ne sais quoi de bienveillant que ses yeux, malgré lui, laissaient transparaître. C'est vrai qu’il était troublé plus qu’il ne voulait le laisser paraître. Il avait envie de faire quelque chose pour cette jeune femme. De la tirer du mauvais pas où elle se trouvait. Geneviève, loin d’être autant dans les nuages que ce que le jeune homme avait laissé entendre, avait remarqué ses prunelles d’un vert intense, rieuses et pleines de franchise qui dégageaient chez lui un magnétisme hors du commun. Soutenant avec difficulté ce regard perçant qui semblait vouloir pénétrer jusqu’au tréfonds de son âme, elle s’excusa de n’avoir pas su boire cet alcool qui en descendant le long de sa gorge, venait de tracer une ligne incendiaire, comme si une coulée de lave s’était déversée dans son système digestif. Bob sourit franchement aux explications de Geneviève qu’il trouvait très imagées. Ce petit bout de bonne femme l’étonnait vraiment beaucoup avec ses manières de petite fille égarée qui de toute sa personne, sans même sans rendre compte, appelait à l’aide. Il émanait d’elle un charme indéfinissable auquel il n’était pas loin de succomber. Il hasarda de nouveau: - Comment est-ce votre prénom déjà? - Geneviève. Je m’appelle Geneviève. - Et bien Geneviève, votre vie n’est pas ce que vous croyez qu’elle est! Votre vie est ce que vous, vous en faites! Si vous vous laissez aller, elle sera telle que vous me la décrivez! Mais si vous réagissez, votre avenir deviendra ce que vous en ferez! Comprenez-vous? Ces quelques mots firent comprendre à la jeune femme qu’elle pouvait faire une entière confiance au jeune homme. Elle lui livra son enfer sans rien omettre: son stratagème pour forcer son mari à demander le divorce, son échec malgré les tentatives répétées pour s’en sortir, la détermination de son mari à refuser qu’elle travaille en dehors du bazar familial et son obstination à ne pas céder. Décidée à s’émanciper du joug de son époux, Geneviève avait trouvé cet emploi au salon et depuis qu’elle y travaillait, elle avait, petit à petit, gravi tous les échelons la menant au poste qu’elle occupait aujourd’hui.
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