La maison au toit de chaume
J’aurais tant aimer naître au cœur d’une vallée,
Y dérouler ma vie pour vous la raconter;
Mais de ma triste enfance, je n’ai rien pu garder
Qui vaille vraiment la peine, aujourd’hui, d’en parler.
Pourtant, je sens en moi l’envie de vous décrir'
L'antique toit de chaume que je n’ai pas connu
Couvrant une maison ou n’ai pas vécu;
Mais où j’y ai ma place pour, en songe, y venir.
Je vais vous la dépeindr' telle que je la vois,
Bien à l’abri, nichée au creux de mes chimères,
Accueillante et réelle, tel un point de repaire
Au fond de ma mémoir' accueillante, elle est là.
Petit chemin de terre bordé de digitales
Qui, de l’autre côté, fond face à des dahlias.
D'enivrantes senteurs nous conduisent au perron
Où trois marches de pierres invitent sans façon
Le pas à les gravir pour enfin pénétrer,
De la porte du rêve par la porte d’entrée.
Dans le hall, tout y est de style campagnard.
Le bois, en maître règne et capte le regard.
Le calme de l’endroit laisse mieux percevoir
Le gai crépitement d’un feu de cheminée
Dont la lumière dansante parvient jusqu’au couloir
Et procure à l’ensemble une douce clarté.
Avançons plus avant. Pénétrons au salon:
Le style campagnard y est plus accentué.
Embrassons d’un regard le salon toute entier
Puis enfin, dirigeons nos yeux sur le plafond.
Plusieurs poutres de bois le soutiennent et l’habillent,
Donnant à cet endroit un cachet raffiné.
Accentué par l’odeur de la cire d’abeille
Se dégageant du bois qui en est imprégné.
Tout respire le bonheur et la tranquillité.
Chaque meuble, chaque objet, avec goût est rangé.
De la pièce s’échappe une atmosphère de paix
Qui laisse dans le cœur le chimérique souhait
D’être maître des lieux; mais à quoi bon rêver
Et prendre ses désirs pour la réalité?
Cette maison normande n’est que dans mes pensées
Et c’est vraiment dommage de n’y être pas née!
Cette maison de pierre au toit de chaume grise
Fait partie de mes rêves: elle n’existe pas;
Mais un charme caché en attire mes pas.
Je n’saurais dire pourquoi elle m’est familière?…
Et quand le rêve m’entraîne par delà ses frontières,
Je vais dans la vallée que je ne connais pas
Ou la chaumière caché' derrière arbres et fougères
M’attend, calme et tranquille, avec son feu de bois.
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N.Ghis. (1983)
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