Autant en emporte la vie - Chez Orial - Chapitre -3- page - 9 -

 

 

Autant en emporte la vie

  

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Chez Orial

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Chapitre 4

Page -8-

 

Songeuse, elle reprenait alors sa marche, l’âme subjuguée par tant de lyrisme qui, malgré son envie d‘être heureuse, la rendait triste.

 A chaque fois un monde inconnu se révélait à son âme romantique, la laissant désarmée devant la puissance des mots choisis par les auteurs. Elle ne comptait plus les fois où elle n’avait su résister à l’achat d’un ou deux de ces petits recueils qui savaient la faire vibrer à la lecture de phrases si joliment tournées. Les images que ces poètes laissaient entrevoir par la seule magie de leur talent, la bouleversaient.

Sortie depuis le début de la matinée de ce mardi d’automne, Geneviève savourait à chaque minute qui s’envolait le même intense plaisir de liberté qu’elle ressentait chaque fois qu’elle était de congé.

 Ce bien si précieux, dont elle n’avait que quelques heures à s’enivrer, ses jours de détente qu’elle privilégiait à n’importe quelles autres distractions, lui laissaient toujours un arrière-goût d’amertume et de regrets lorsqu’il fallait qu’elle songe à rentrer.

 Ce mardi fait de multiples petites joies à se balader un peu partout, à s’émerveiller devant les vitrines qui présentaient à son regard envieux, juvénile et passionné, les merveilles de la mode, à manger dans des petits restaurants à l’atmosphère familiale, à fouiner dans les étales des bouquinistes, à flâner sur les quais de la seine lorsque la fin de l’après-midi déclenche une inexplicable nostalgie qui pousse le promeneur à regarder le timide soleil de l’arrière-saison qui n’est plus qu’un pâle reflet de sa splendeur passée. Tout cela faisait son univers; son bonheur à chaque fois renouvelé pas les mêmes émotions, les mêmes sensations, le même plaisir à se retrouver seule, libre dans ce "Paris", sans personne pour la surveiller ou lui dicter sa conduite. Le soir descendait lentement sur la ville. Geneviève consulta sa montre. Encore une heure ou deux à traînasser avant de songer à rentrer. Elle ne sait pas... Elle ne se doute pas un seul instant de ce qui l’attend lorsque sa clef s’introduira dans la serrure du «deux pièces» et que la porte d’entrée s’ouvrira sur son mari. Elle est loin d'imaginer ce qui l'attend, et ses préoccupations du moment sont à l’opposé de ses craintes habituelles qui d’ordinaire, vrillent son estomac...

Un peu plus de vingt heures sonnaient au clocher de l’église, lorsque Geneviève ouvrit la porte sur une clarté qui n’était pas des plus hospitalière que ne l’est l’obscurité lorsque la peur vous prend aux tripes! En effet Rober l’attendait à l’entrée du vestibule avec, dans ses poings serrés, des bouts de chiffons qu’il brandissait comme des trophées de guerre. Geneviève interdite devant l’évidente suite qu'allaient prendre les événements, vacilla. Il lui sembla que son cœur s’arrêtait tandis que son sang se figeait dans ses veines. Robert ne lui laissa pas le temps de se composer une attitude. Ce qu’il venait de découvrir l’avait passablement dégrisé pour ce qu’il projetait d’infliger à sa femme:

- D’où tu viens?

Geneviève se décomposait  à vue d’œil; elle se liquéfiait sur place, pourtant il fallait faire face à cet imprévu. Ne voulant rien dévoiler du tumulte qui grondait dans ses entrailles, avec la plus grande désinvolture dont elle était capable, elle répondit:

- D’où je viens, mais de dehors! Tu le vois bien?

-  Robert fulminait:

Mmm… M’ prends pas pour un con! J’voudrais ben savoir c’que tu fais à c’t’heure, dehors?

Et sans la laisser respirer:

- C’est quoi, ça?

Geneviève essaya, une fois encore, de s’en tirer. D’un air qui frisait l’agacement, elle répondit en lui posant une autre question: 

- Qu’est ce qu’on fait généralement, dehors? On se promène, on fait les boutiques! Moi, je m’achète ce qui me fait plaisir!

Robert lâcha ce qu’il tenait dans ses poings, s’approcha d’elle et sans ménagement, la tira pas le bras dans le couloir, puis dans la salle à manger.

Geneviève se dégagea avec la force du désespoir sachant très bien ce qui l’attendait et trébucha sur les objets épars qui jonchaient le sol. Elle fixa les restes de ses affaires puis calmement, pour se donner une contenance, elle entreprit de les ramasser, une par une, tout en prenant  son temps. Ses neurones étaient en ébullition. Il fallait qu’elle trouve une parade et vite. Robert la regardait faire, tout en la détaillant de la tête aux pieds:

- J’vois qu’t’es fagotée comm’une put’!

- C’est toi qui le dis! Répondit-elle insolemment, tout en continuant ce qu'elle était en train de faire. Je trouve que je suis très bien comme ça. Quant à l’heure où je rentre, je ne suis pas cloîtrée que je sache?

Robert ignora la riposte et continua:

- C’est à ça qu’tu dépenses mon argent? Fît-il en désignant du doigt les paquets qu’elle avait lâchés dans la bousculade.

- Ton argent est aussi le mien! Tu as oublié que c'est ma dote?! «Son argent!...» Pensa-t-elle, l’esprit aux aguets. Geneviève détaillait, inspectait, décryptait les dégâts, les cachettes découvertes, tout en lui donnant la réplique!

 

 

A suivre...

 

 

 

 

 

 


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Dernière mise à jour de cette page le 18/10/2009