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Chez Orial * Chapitre - 3 - * Page -8-
Ces fins de journées automnales laissaient présager un hiver rigoureux et déjà des cheminées fumaient. Les copains d’infortune de Robert le regardèrent un moment s’éloigner en gesticulant, jusqu'à ce qu’il ait complètement disparu au coin de la rue. N’ayant plus rien d’intéressant sur lequel fixer leur attention ils retournèrent à leurs occupations premières. Rober retourna au garage familiale en zigzagant. Il n’avait même pas encore entrepris la réfection du moteur de la Panhard qu’il devait terminer et livrer le soir même. Il était déjà tard! La pendule de chez le bougnat venait de marquer dix-huit heures trente. Mal en point, Robert n’y voyait pas à un mètre. Trop saoul pour s’assurer correctement de sa tâche, il se demandait comment il allait s'y prendre pour assumer son travail et livrer la voiture en temps en en heure. Tandis qu'il s'était décidé à se bouger, Robert exécutait maladroitement le démontage des pièces endommagées du véhicule, son obsession refit surface. Il n’était pas à son boulot. La concentration lui faisait défaut. Dans l’état où il se trouvait, il devenait inutile de continuer: Geneviève occupait toutes ses pensées. Il n’en fallait pas plus pour que dans son esprit embué d'alcool, germe le désir de la posséder de force comme la nuit de leurnoces! "La dominer! Il ne pensait qu’à ça!!! Il marmonna entre ses dents: - « J’veux l’entend’e crier! J’veux qu’è m’griff’! Qu’è mord’! Qu’è s’débatt’! J’veux sentir ses bouts d’seins entre mes dents! J’veux déchirer ses vêt’ements et qu’è m’supplie d’arrêter! Il faut que j’l’aie!» Et puis il gronda: - Tu s’ras jamais à un autre! Plutôt t'étrangler de mes mains! J’t’oblig’rais à m’céder c’que tu m’refuses depuis qu’on est mariés! Et si j’dois employer la force alors, J’le f’rais! La castration psychologique que Geneviève, inconsciente du danger qui la guettait, lui faisait subir en se refusant perpétuellement à lui, avait progressivement mené Robert à la une obsession incontrôlable de la posséder. Ces quelques mots maugréés dans le silence de l’atelier démontraient, sans équivoque possible, le déséquilibre mental dans lequel Robert se débattait. Les pulsions qu’il refoulait depuis "x" semaines, hantaient ses pensées jours et nuits, et prenaient possession de tous ses sens. La souffrance d’un homme au caractère faible, timide, réservé, qui n’arrivait pas à gérer sa vie conjugale et ses déboires sentimentaux, faisait son œuvre dans le tréfonds de son être intérieur et mal construit. Des mots incohérents fusaient entre ses dents. Il ne pouvait plus se contrôler. Son esprit enfiévré, emporté par une vague de démence criminelle, ne savait plus analyser sainement la situation. Robert, pitoyable, pleurait de dépit amoureux où le désir se mêlait à la rage destructrice qui jusque-là, était restée tapie telle une bête au plus profond de lui-même. Ses yeux hagards traduisaient le piège qui, petit à petit, s’était refermé sur lui. Robert frisait «le point de non-retour». Dans le silence du garage, les menaces qu’il formula à l’égard de sa femme, résonnèrent sur les murs qui se renvoyèrent l’écho comme pour approuver ses paroles: - Tu vas m’le payer! Ce soir tu s’ras à moi, t’entends! A moi! Ces deux phrases, plus qu’évocatrices, ne laissaient aucun doute sur ses intentions. Et comme pour se motiver, il jeta sa clef à molette à travers l’espace, en se fichant pas mal de l’endroit où elle irait faire des dégâts: Le pare-brise d’une traction ayant reçu l’outil. Sur la vitre se dessina une fêlure dont la forme étoilée laissait présager quelques ennuis lorsqu’il aurait «décuvé»... Le jeune homme n’entendit même pas le bruit de l’impact. La colère au ventre, il ne pensa même pas à baisser le sort de fermeture du garage et retourna boire un coup chez le bougnat, "histoire d’avoir les idées plus claires".... Après de longues heures de beuverie, lorsque Robert franchit la porte d’entrée de leur petit deux pièces, il était saoul comme un Polonais, mais pas assez pour ne pas se rendre compte que Geneviève n’était pas là! Prît d 'une suspicion incontrôlable, il commença, tout en titubant et vociférant des insultes, à fouiller partout, ne ménageant aucun endroit susceptible de receler des informations sur l’emploi du temps de sa femme. Rien n’était laissé au hasard... Loin de s’imaginer ce qui l’attendait, Geneviève faisait les magasins. Le mardi se trouvait être son jour de congé. Pas question de rester dans ce deux pièces cuisine moisi à broyer du noir. Toute à ses réflexions intérieures, elle posa les yeux sur la vitrine d’une pâtisserie qui présentait à sa gourmandise des gâteaux tous plus appétissants les uns que les autres. Elle décida d’entrer pour s’offrir un de ces merveilleux desserts, peut-être deux... Ou bien trois selon son humeur et l’envie qu’elle avait de sucreries. Généralement, elle terminait sa promenade par les quais de la Seine. Là, elle prenait son temps pour fureter dans les présentoirs des bouquinistes: source inépuisable de savoir. Elle s’immobilisait toujours sur les recueils de poésies: "Apollinaire", "Verlaine", "Ronsard", "Lamartine" et bien d’autres, l’enchantaient. Que de jolies choses dites dans les écrits de ces hommes! Geneviève aurait aimé qu'on lui parle de cette façon! Le côté romantique de quelques uns de ces poètes lui plaisait infiniment.
A suivre...
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