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Autant en emporte la vie
Tromperie * Chapitre - 3 - * Page -7-
Le résultat ne se faisait pas attendre longtemps. En général, ces quelques jours d’enfer et de sevrage avaient raison de lui. Robert, se rendant bien compte que sa femme le provoquait, n’avait pas la force de lui tenir tête. Le dépit et la frustration aidant, il retournait à ses anciennes habitudes. Dans ces moments-là, il se métamorphosait en une bête malfaisante, aussi dangereux pour lui-même que pour les autres. L’obsession qu’il avait de la jeune femme qu’on lui avait «donnée» en mariage et qui était, devant Dieu et les hommes, devenue sa femme, le rendait fou à un point tel qu’il ne trouvait, pour souffler un moment, d’autre moyen de l’oublier que le fond de son verre. Après plusieurs bières, apéritifs ou ballons de vin, le nez ne visant que sa consommation, il marmonnait pour lui-même des mots sans suite. A travers le liquide ambré qu’il s’apprêtait à engloutir d’un trait, son cerveau embrumé affrontait sans répit le visage de celle qu’il désirait et sa souffrance accentuait son agressivité.
Et d’interpeller le serveur: - Mon verre est viii … vide! L' l’... le laisse pas s’ vider! Hep! Toi, là-bas! Rem’... Remplis le! Le patron s’exécutait sans dire un mot puis repartait à ses occupations. Robert savait pertinemment qu’avec sa femme, qu’il ait bû ou pas, cela ne changeait rien, cependant il avait besoin de se prouver à lui-même qu’il n’était pas une «mauviette» et c’était seulement dans un certain état qu’il se sentait «un homme»:... du moins, le croyait-il... Et ses pensées le tarabustaient au point qu’il lui semblait que sa tête allait éclater. Malgré tout, il essayait tant bien que mal de remettre en ordre ses idées sans pour autant y arriver.
Sa langue empâtées par trop de verres, faisait des efforts indescriptibles pour coordonner, avec sa bouche, les mots qu'il essayait de former. En fait, ce n'était que des mots inintelligibles pour ceux qui l’écoutaient et qui se trouvaient, en partie, être à peu prés aussi saouls que lui. Dans sa brume alcoolisée, il s’en rendait compte et ça le mettait encore plus en colère.
Les muscles de son visage se crispaient par instants et sa langue, devenue de plus en plus malhabile, butait constamment sur ses dents, empêchant toutes dictions correctes. Il s’efforçait pourtant de prononcer correctement ces mots; néanmoins, il avait beau insister pour parler clair pour que l’assemblée de piliers de bar qui l’écoutaient, entende! Il n’y arrivait pas. Un rictus de colère déformait un instant son visage et il se replongeait alors dans son baragouinage: - Mmm… m’envoyer prom’ner… è va m’envoyer prom’ner! Dit-il en s’aidant de son index pour appuyer ses dires, c’est... Pour sûr qu' c’est sûr! J’support’rais p’us ss’ss’ ses pro... ses pro-vo-ca-tions! Ma patience à des li... a des lim... liii-mites! J’ai peur d’mes ré... D’mes ré… ré-ac-tions! Pas... pas ss'-ss’ ssavoir c’qu’è fait d’ses jours... journées! J’ai envie! J’J’J’ai envie d’elle com’... Comme un cin-in-glé et j’sais pas quoi… quoi f’ f’ faire pour qu’è m’ cède! Si j’ui dis que j’-j’l’ aime d'aa… d’amour! E’va m’rir’au nez! E’va m’jeter son mépris à laaa gueule! Si è’ m’pouss’à bout, j’-j’- j’réponds p’us de ren du tout! Vouai, monsieur! Ca, c’est sûr! J’-J'- j’suis quand même son maa... Son maa-ri, bon sang d’bon soêr!!! Cria-t-il en frappant du poing sur le comptoir. Y faut qu’è soit à m’… à mm… à moê, m’, m’, moi c’c’ce... ce soêr! Puis, s’adressant encore une fois aux habitués, il les prit carrément à partie: - Toutes les nuits que j’j’ suis à la maison, j’j’j’j’dors à côté d’elle! J’j’sens… j’sens son parfum, l’odeur d’sa…d’sa peau! Et j’j’ai pas l’l’droit d’la tou... d’la tou-cher! E veut pas m’pardonner l’soêr d’la noce pa’ce que j’lai violée qu’è’m’ dit! Mm... violée... Pfut! Mais c’est ma... ma femme et j’... J'ai l’droit d’coucher avec elle si ça m’... Si ça m’ plaît! J’... J’suis l’maît’e chez moê! Hein que J’suis l’... l’maître chez moê? Pa’... Pas vrais les gars?
Et les autres d’acquiescer d’un même élan: - Oui, t’as raison Robert! C’est toi l’maît’e chez toi! T’as raison! - Hein qu'j'ai raison? Vouai! J’... J'ai raison! Là dessus, Robert décida de s’en aller. Il se détourna péniblement du comptoir sur lequel il était plutôt couché qu’accoudé, tapa sur l’épaule de son voisin en signe de sympathie et bredouilla alentours: - Salut la com- la compagnie! En faisant un geste de la main. J’... J’m’en vais bosser un peu. Hé! Y faut bin ga…gagner sa croûte! Il se dirigea vers la sortie du troquet en parlant tout seul, puis s’éloigna, faisant de grands gestes et vociférant sur les rares passants encore dehors qui le croisaient sur le trottoir. A cette heure de fin d’après-midi, la rue devenait déserte par nécessité. Seuls quelques attardés finissaient leurs courses.
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1. L'auteur inconnu Le 18/11/2009 à 18:17
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