Chez Orial - 6 -

 

Robert errait un peu n'importe  où

 dans Paris, même les jours de mauvais temps.

  

Chez Orial

 

 Chapitre - 3 -

 

 Page - 6 -

 

 

 

Ses beuveries l’entraînaient presque toujours chez les filles de mauvaise vie où il assouvissait ses frustrations sexuelles.

Sous son importante stature de viking, Robert était un être faible et Sans envergure. Il s’en rendait bien compte et cela le faisait souffrir.

Il ne se trouvait de l’assurance que sous l’effet de l’alcool qui, peu à peu, s’insinuant sournoisement dans son corps, prenait possession de son esprit jusqu'à lui faire perdre toutes notions de bien et de mal.

Pour continuer d’exister, une fois le plis pris, la boisson lui devenait indispensable à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit. Dans un état d’ébriété quasi permanente, fort de ses démons, Robert se débattait dans l’océan de ses propres contradictions.

N’ayant plus l’exacte vision des choses, rien ne semblait lui faire obstacle; entre deux vins, il se sentait en position de force au point de devenir agressif avec tous ceux qu'il rencontrait.

N’étant plus lui-même, il n’était pas du tout surprenant de le voir déambuler le soir, complètement déconnecté, gesticulant dans tous les sens, invectivant les habitués du quartier qui se retournaient sur lui, surpris et choqués de constater chaque jour un peu plus sa déchéance.

L’agressivité, (faisant le plus souvent partie de la panoplie du buveur) lui sortait par tous les pores de la peau. Il s’attaquait à tous ceux qui avaient le malheur de croiser sur son chemin, au point que police secours se retrouvait sur les lieux de ses débordements et l’embarquait sans plus de cérémonie.

Les voies de faits qu’il causait, les plaintes pour coups et blessures, se comptaient par dizaines.

Lorsque la police le tenait, il passait la nuit au poste pour décuver jusqu’au petit matin et reprendre ses esprits, ce qui l’amenait bien souvent, une fois redevenu lui-même, à faire son «mea culpa» auprès de la maréchaussée.

Il s’écoulait alors quelques temps avant qu’on le relâche, non sans s’être fait souffler dans les bronches sa mauvaise conduite de la veille.

Cela ne l’empêchait pas, une fois dehors, de recommencer ses orgies de boisson jusqu'à tomber dans un profond coma éthylique.

Quand, dans quelques coins isolés, affalé sur un trottoir ou sur un banc public, il reprenait conscience, il se relevait péniblement pour essayer de mettre un pied devant l’autre.

C’est en titubant qu’il venait s’échouer inévitablement dans de quelconques endroits louches de la banlieue d’Ivry.

Il lui arrivait, pendant de longues périodes, de ne pas dessaouler. S'il se retrouvait à jeun, ce n'était que pour mieux replonger. Lorsque enfin il sortait de sa brume alcoolisée, il se retrouvait sans papier, sans argent, la plupart du temps sans vêtements ni chaussures.

En slip et en tricot de peau sales et déchirés, Robert déambulait alors le long des rues sans but précis, ne se rappelant que très vaguement son adresse et seulement par petits flashs espacés.

La promiscuité des clochards n'était pas pour arranger les choses!  Ils s’étaient chargés de le dépouiller de ses effets personnels et une simple couverture lui servait de protection sous l’œil ébahit des passants qui téléphonaient aux flics car le spectacle faisait pitié.

Ces genres d’escapades qui devenaient de plus en plus coutumières, l’avaient métamorphosé en une larve malodorante qui ne ressemblait plus du tout au jeune homme qu’il était avant d’épouser Geneviève.

Au bout de plusieurs jours de «soûlographie» et d’errance, ramassé par le panier à salade, il se retrouvait à l’armée du salut où il finissait de cuver tout l’alcool qu’il avait ingurgité depuis...

Je ne saurais plus vous dire, mais un bon laps de temps s’était écoulé sans se soucier de ce pauvre hère qui avait perdu tout sens de la réalité.

Lorsque enfin, il pouvait se tenir debout, on le faisait se laver, on l’épouillait, l’habillait de propre et lui donnait de quoi rentrer chez lui non sans l’avoir forcé auparavant, à récupérer par une bonne nuit de sommeil,  et au matin, enfourné un petit déjeuner chaud et reconstituant.

Quand enfin il reparaissait à l’appartement, il lui était coutumier de se rendre compte que ce n’était pas un mois, mais deux, voire même trois mois qui s’étaient écoulés depuis son escapade... quelques fois beaucoup, beaucoup plus…

Geneviève ne supportait pas les retours intempestifs de son mari, mais elle faisait contre mauvaise fortune, «bon cœur» en apparence, car en réalité, elle bouillait de le voir ficher le camp pour de bon.

Sa tranquillité était trop évidente sans lui! Robert tout penaud, ne savait quelle attitude prendre tant il se sentait en position d’infériorité vis-à-vis de sa femme. Il faisait des efforts surhumains pour changer sa nature profonde. Il essayait d’être plus à l’écoute de ses priorités.

Il se tenait tranquille, n’exigeait rien qui puisse être désagréable à sa femme, comme pour lui prouver qu’il savait être gentil quand il était sobre, mais la jeune femme se moquait éperdument des efforts et du repentir de son mari.

Psychologiquement et très subtile dans ses attaques, elle le poussait à bout et ainsi, l’amenait de nouveau à se réfugier au bougnat et par voie de conséquences chez les filles de joie. La jeune femme, connaissant à présent parfaitement la façon dont Robert fonctionnait, ne lui laissait pas une seule chance, un seul jour, une seule minute de répit...

En un mot comme en cent, elle le sabordait volontairement...

*

*

A suivre...

 

 


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Autant en emporte la vie - Chez Orial - Chapitre -3 - page -6-

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Dernière mise à jour de cette page le 22/10/2009