Chez Orial -3-

 

Autant en emporte la vie

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Chez Orial

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Chapitre 3

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Page -3-

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Plus d'une année s'était écoulée sans  que Geneviève ne se lasse de ce travail qui la valorisait. Jusque là, aucun problème du côté de son mariage ne s'était pointé à l'horizon.  Elle, avait énormément changé! Geneviève avait pris de l'assurance et connaissais très bien la conduite à tenir avec les hommes un peu trop entreprenants sans pour cela faire perdre la clientèle au salon. Lorsque le client dont elle manucurait des mains était bien de sa personne, elle ressentait un petit pincement au creux de l’estomac qui l’avertissait de se tenir sur ses gardes. Geneviève restait donc très professionnelle, s’efforçant de l’éconduire sans blesser son amour propre. Elle l’informait simplement qu’elle était fiancée, qu’elle était heureuse et que pour rien au monde, elle ne voudrait un autre homme que celui que le destin lui avait destiné.

-Vous arrivez trop tard monsieur. Leurs disait-elle avec un petit sourire malicieux. Ce qui avait pour effet de les déstabiliser malgré l’envie qu’ils avaient de lui arracher un rendez-vous.

Sa côte de popularité grimpa si vite qu’en dix mois, elle devînt l’attraction principale du salon ORIAL. Patrick l’avait pris sous son aile et l’initiait également à l’art de la coupe, des shampoings, des mise en plis, permanentes et enfin, la touche finale: le coup de peigne qui définissait la coiffure en elle-même. Ce grand garçon aux allures quelque peu efféminées, filiforme, aimable de sa personne, la trentaine environ, cheveux blonds, yeux bleus «menthe à l’eau», teint pâle, mains longues et fines, intriguait beaucoup la jeune femme. Malgré tout, très douée et avide d’apprendre, elle ne s’embarrassa pas de préjugés et sût, sans contestation possible, se rendre indispensable à son art et à son patron. Son intelligence, son savoir-vivre, la firent apprécier des plus rébarbatifs. Le talent qu’elle déployait dans la manipulation de la chevelure, la désigna bientôt comme la première coiffeuse de l’établissement. Il y avait bien un peu de jalousie au sein de ces demoiselles, mais Geneviève qui ne se préoccupait que de son travail, n’en avait que faire. Tout se déroulait comme elle le désirait et c’était le principal...

Nous étions au mois de Novembre mille neuf cent quarante neuf. Un froid glacial avait envahi la capitale Parisienne. Pour ne pas attendre le bus, Geneviève se faisait raccompagner par ses copines de travail. D’un caractère naturellement enjoué, elle prenait plaisir à accepter les invitations à boire un café ou un chocolat chaud avant de rentrer chez elle, ce qui la mettait dans des situations très inconfortables car elle ne pouvait suivre ses collègues sans dévoiler ce qu'elle voulait dissimuler à tout prix: quelle était mariée. Ses escapades, de plus en plus longues et nombreuses, empiétaient sur le temps qu’elle se réservait à donner le change à son mari. Son imprudence se trouvait bien trop souvent sollicitée. Elle devenait de moins en moins prudente car la réussite de son plan la rendait beaucoup trop sûre d’elle. Un de ces soirs de détente où elle n’avait pas prêté attention à l’heure, elle se trouva nez à nez avec Robert qui l’attendait à la maison depuis quelques minutes.

Le regard interrogatif et courroucé de son mari eurent vite fait de passer en revue sa silhouette. Elle le vit se délecter, tel un gros chat, de la peur qu’il lisait dans ses yeux. Geneviève, en un revers de situation, était devenue sa proie. Il ne décrocha pas un mot, laissant ainsi la jeune femme dans l’expectative. Geneviève, un instant surprise par sa présence inopportune, s’était une fraction de seconde immobilisée devant lui: le temps pour elle de reprendre ses esprits puis, par une habile manoeuvre elle le bouscula pour entrer et le laissa planté là. Un «laisse-moi passer!» fusa de ses lèvres et sans plus se soucier de ce qu’il pouvait bien penser, elle disparut dans la pénombre de l’appartement. Désarçonné par tant d’assurance et de désinvolture (qui n’était en fait qu’apparence), Robert tourna les talons et se mît à la suivre partout où elle allait. Il talonnait Geneviève dans ses allées et venues, la pressant de questions:  

- Où t’étais? T’as vu l’heure? J’voudrais ben savoir où t’as été traîner, si c’est pas trop te d’mander? Et pis pourquoi t'es habillée et maquillée conn'ça? Qu'est c'que t'as fais d'ta journée? J’veux savoir! T’as compris? Où qu’tu traînes tous les jours? Qu’é qu’tu fais d’tes journées?

 

Geneviève sentit son sang se figer dans ses veines mais n’en montra rien. Une sourde douleur prit naissance dans le bas de son ventre, suivie d’une rougeur qui envahit ses joues. Elle comprit que l’affrontement était inévitable. Elle n’en menait pas large; mais pourtant, téméraire, elle s’en tira avec une pirouette:

- Oh! Arrête tes questions! Je ne fais pas de mal et je cherche du travail. Voilà! Tu es content? Ca prend du temps tout ça!

-Alors, comme ça, tu continues à chercher du travail? Tu baisses pas les bras?!

Et Geneviève de répliquer:

- Non! Je ne baisse pas les bras. C’est bien pour ça que tu me vois habillée et maquillée. La présentation compte lorsque l’on veut décrocher une bonne place. Tu sais très bien ce que je pense de nous deux. Je ne changerai jamais d’avis. Ca aussi, tu le sais. Ce n’est pas la peine de t’énerver. Ca ne sert à rien. Sois raisonnable et quittons nous bons amis. Accepte le divorce et je te laisserais tranquille. Je veux juste ma dote. Je te laisse tous les meubles. Je recommence à zéro et toi, tu peux refaire ta vie. Nous ne nous entendons pas. Nous ne nous aimons pas. Nous n’avons rien en commun. Les enfants, tu t’en occuperas ou tes parents. De toutes façons, ce ne sont pas mes enfants. Je les ai mis au monde, c’est tout. J’ai été enceinte par tes viols répétés et je ne les aime pas. Je ne veux pas m’en occuper. D’ailleurs, je n’en aurai pas le temps avec mes projets. En attendant que tout ce mette en place, nous pourrions essayer de vivre en bonne entente et je vais, dès demain, me trouver un autre logement mieux que celui là?

 

A suivre... 

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Dernière mise à jour de cette page le 22/10/2009