Autant en emporte la vie - Chez Orial - Chapitre -3 - page -2-

 

 
Autant en emporte la vie
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Chez Orial
  
 
Chapitre 3
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Page -2-
  

 

Cette première journée de travail s'était fort bien passée. Geneviève était enthousiaste d'avoir trouvé cet emploi et son poste lui plaisait même si elle ne faisait qu'apprendre ce qu'elle devrait faire lorsqu'elle serait seule avec le ou la cliente.

Elle avait tout combiné pour ne pas avoir à se retrouver nez à nez avec Robert. Son plan avait l'air de fonctionner pour le moment... Soulagée de ne pas avoir à rendre de compte à son mari, Geneviève s’affala sur le vieux fauteuil de cuir, retira du bout de ses orteils ses hauts talons qu’elle ne supportait plus et s’étira en baillant. La fatigue se faisait sentir, mais pour la première fois de sa vie, elle était heureuse. Ce seul premier jour de travail venait de lui faire entrevoir la possibilité de devenir indépendante, si elle savait manoeuvrer adroitement pour camoufler sa supercherie, elle serait bientôt libre.

Peu à peu, une douce et bienfaisante langueur l’envahit. Elle résolut d’aller se coucher sans même essayer de se restaurer, après avoir pris soin de faire disparaître toutes traces de son escapade, ce qui aurait pu faire naître des soupçons dans l’esprit de Robert. Elle n’avait guère envie de préparer le repas. Des flashs de sa journée bien trop courte à son goût accaparaient ses pensées. Elle ne souhaitait pas se trouver face à face avec lui quand il reviendrait, si encore il décidait de rentrer justement ce soir? Oh! et puis zut! Qu' il  se débrouille seul.  Ce n'était pas la première fois qu'il ne trouverait pas le repas préparé! Il en avait l’habitude...

Le lit de la chambre lui parut un havre de paix où se réfugier. En s’endormant, Geneviève se surprit à fredonner un air entendu dans l’après-midi. Le fait que tout ce soit déroulé sans accroc la sécurisait pour les jours à venir et l’enhardissait pour la suite des évènements. Elle avait beau être sûre de son plan, elle n’en avait pas moins peur. Il suffisait d’une fois où il serait là plus tôt pour ficher tout par terre et que commencent les véritables problèmes. Geneviève préféra ne plus y songer. Elle chassa ses vilaines idées qui la perturbaient et enfouit son visage dans l’oreiller puis, elle plongea progressivement dans un sommeil profond et réparateur…

Le temps passait à une allure vertigineuse pour la jeune femme qui travaillait chez ORIAL déjà depuis plus d’un mois. Son contrat était signé et tout allait pour le mieux. Chaque jour qui s’écoulait était pour elle un enchantement. La clientèle masculine adorait les jolies filles! Ces messieurs, toujours à l’affût de nouvelles têtes, l’avaient tout de suite remarquée et adoptée. Certains hommes n’hésitaient pas à attendre des heures entières espérant être chouchoutés par ce beau brin de fille qui leur mettait tous le cœur en capilotade. Aucun ne lui résistait et chacun de rivaliser d’astuces pour obtenir un rendez-vous. Geneviève les attirait comme des mouches. Elle aimait les compliments dont ils la couvraient. Cela la troublait au plus haut point. Elle se rendit bien vite compte qu’elle appréciait que les hommes la courtisent sans pour cela leur donner satisfaction. Cette sensation d’être le centre d’intérêt du salon, les pourboires conséquents qu’elle recevait lui donna l’impression d’être devenue, en peu de temps, indispensable. Grisée, galvanisée, Geneviève ressentait une joie de vivre jamais connue auparavant. Son énergie et sa bonne humeur la faisaient rayonner: ce qui lui donnait encore plus de charme.

Les jours défilaient sans problème majeur et Geneviève s’ingéniait à éviter les questions plus ou moins embarrassantes que son mari lui posait et qui risquaient de déboucher sur l’emploi du temps de ses journées. Afin d’éviter tout soupçon qui aurait pu immanquablement amener Robert à devenir plus curieux, elle n’avait rien modifié à ses habitudes, pensant ainsi donner le change un assez bon bout de temps pour lui permettre de trouver une parade digne de sa stratégie. Une trêve, malgré tout, très fragile, s’installa entre eux. Les sujets épineux étaient délibérément écartés de part et d’autre. Robert acceptait cette situation sans trop en chercher les raisons qui les avaient menés à cet armistice précaire, mais qui avait l’air de vouloir fonctionner.

 

Le salon ORIAL dont la réputation n’était plus à faire, était à la pointe du modernisme. Il présentait des nouveautés dans tous les domaines. Sa particularité première se distinguait par le fait qu’il pratiquait «la journée continue». Toutes les couches de la société venaient se faire coiffer, manucurer pour mieux perdre leur temps et surtout se délecter des derniers potins mondains. De par sa différence, le salon ne désemplissait pas. Le matin, des dames d’un certain âge: femmes de ministres, d’ambassadeurs, des comtesses russes dont on ne sait trop quoi, venaient, accompagnées de leur caniche nain, leur Yorkshire ou toutes autres races de bêtes à poils ayant une valeur certaine.

Entre midi et deux, la clientèle changeait pour laisser place à des secrétaires de direction, des femmes d’affaires qui désiraient une mise en plis ou simplement un coup de peigne.Les débuts d’après-midi voyaient arriver la vague des vedettes de cinéma ou de la chanson, des hommes frisant la cinquantaine (la fleur de l’âge disaient-ils), des plus vieux, cheveux blancs portant monocle, qui étaient là, simplement pour se faire bichonner par des mains de femmes habiles et douces à souhait... Enfin, tout ce que «LE TOUT PARIS» comptait de personnalités se trouvait à un moment ou  un autre en escale au salon ORIAL. Geneviève évoluait dans un monde de mouvements et de rêves perpétuels. Cet univers de la beauté lui faisait entrevoir des horizons nouveaux qu’elle n’avait, jusqu'à présent, jamais soupçonnés. Tout, dans ce travail, lui plaisait. Juliette avait immédiatement pris Geneviève sous son aile et elles s’étaient toutes deux liées d’amitié. Les autres collègues, filles ou garçons, en avaient fait tout autant. C’était une grande famille que la coiffure! Jusqu'à Patrick le directeur du salon qui, ne cachant plus l’intérêt que Geneviève suscitait chez lui, cherchait n’importe quel prétexte pour gentiment la prendre à partie, lui adresser discrètement la parole. 

A suivre...
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Dernière mise à jour de cette page le 22/10/2009